Notre devoir de mémoire

Publié le par Sophie BOUDAREL

undefinedNicolas SARKOZY demande à ce que chaque enfant de CM2 porte la mémoire d’un enfant juif de son âge pour perpétuer la mémoire de ceux qui ont péri dans les camps de concentration.
85% des français sont contre cette proposition, jugeant la situation trop lourde à porter pour les frêles épaules d’un enfant de 10 ans, et trop grave pour être ainsi exploitée hors de tout contexte.
 
La mémoire de ceux qui ont combattus pour notre liberté, quel que soit le conflit, doit être transmise. Pour cela il y a l’histoire enseignée à l’école, mais aussi les souvenirs de chacun et chacune qui sont transmis aux plus jeunes. C’est par ces petites anecdotes que l’enfant prend doucement contact avec la guerre. Puis, un peu plus tard, lorsqu’il a assimilé que certaines choses ont été commises, alors il est de notre devoir de lui expliquer ces choses. Bien qu’une question revienne toujours : « comment expliquer l’inexplicable ? »
 
Ce sont ces petites anecdotes, glanées au fil d’une discussion entre amis, que j’ai choisi de vous raconter ici.

« Mon grand-père paternel a été tué en juin 1940. En 1945, ma grand-mère s'est mise en concubinage avec un homme qui a élevé mon père et que nous considérions comme notre grand-père. Cet homme s'est échappé de 3 camps de concentration. Au retour d'un de ces camps, il a trouvé sa mère et sa sœur en train de faire la bringue avec des soldats allemands. Il ne les a plus jamais revues et c'est tout ce qu'il a voulu nous dire.
Quand j'étais gamine, nous avions fait la connaissance d'un couple breton, anciens résistants. Ils se sont connus en captivité. Ils étaient alors chacun en couple, mais ont tous les deux été dénoncés (famille pour l'un et voisin pour l'autre). Ils sont partis en famille, et ont été les seuls survivants. »

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« Ma mère avait 6 ans. Elle me raconte souvent que pendant l'exode, sur le bord de la route, les soldats allemands, bien souvent des gamins d'à peine 20 ans, leurs faisaient signe de venir. Elle et ses frères et sœurs accouraient, au grand dam de ma grand-mère. Les soldats leur donnaient un bout de pain ou une barre de chocolat. »

 

« J'ai appris aussi récemment que mon grand-père avait été PG à Altengrabow Stalag XIA et on ne m'avait rien dit... et ses propres enfants ne savaient rien de tout ça c'est moi qui est fait des recherches... ça m'a déstabilisée...
Mon grand-père maternel a échappé de peu à une exécution... des résistants avaient tué des soldats allemands, je ne sais plus combien, alors ils ont fait une rafle dans le village et mon grand-père a été choisi, mais épargné car il n'avait pas 16 ans à deux mois près... »

 

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« Papa, dans le midi, a été un peu plus "épargné", si on peut dire çà comme çà, donc, ils n'ont pas vraiment connu çà de l'intérieur, si ce n'est les restrictions alimentaires, et l'allemand obligatoire en classe.... au lieu de l'anglais !
Mon père lui a déjà parlé de cette période, et ce qu'elle en a retenu, venant de lui, c'est que lors de l'armistice, il a dévalé la pente à vélo pour annoncer la nouvelle aux habitants de Bandol, et qu'il a loupé le virage, est rentré tout droit dans la pharmacie.... pour ne s'arrêter (que par obligation) le vélo bloqué contre la banque et lui qui est passé par dessus.
Le pharmacien lui a intimé l'ordre de se taire pendant qu'il le soignait et l'a engeulé parce qu'il ne se tenait pas tranquille.
Tu parles ! il avait envie de hurler : la guerre est finie ! »
« Mon grand-père, lui, l'a fait cette guerre, mais il n'en parlait jamais....
Une seule fois, il a dit que c'était très dur pour lui car, naturalisé français depuis 1930, il se battait contre les siens...les italiens »
« Ma mère se souvient surtout de la gifle monumentale qu'elle a reçu de son père. Il y avait une alerte, tellement pressée de se réfugier à la cave qu'elle a littéralement sauté toutes les marches. C'est son père qui l'a récupérée en vol et qui, une fois la frayeur passée, lui a mis une gifle qui lui fait encore mal à la joue »
« Mon père a fait la guerre, comme tous ceux de sa génération, mais il n'en parlait jamais, tout ce qu'il a dit, c'est qu'il a traversé la France à pied du Nord au Sud avec sa compagnie.
J'ai su par ma mère, après la mort de mon père qu'il avait fait parti des FFI.
Le père de mon mari était dans la résistance, il n'en parlait jamais lui non plus. »

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« Née de parents déjà âgés, mon enfance a été bercée par les récits de guerre, mon père ayant fait les deux, blessé et fait prisonnier, son neveu, résistant âgé de 17 ans a été fusille par les allemands avec son réseau en tout 15 personnes, sur dénonciation de français et ce cas est loin d'être unique.
Le plus insoutenable pèlerinage que j'ai pu faire fut Oradour sur glane et j'avais 13 ans , cette ville calcinée avec ces quelques murs debout , une vieille voiture rouillée des restes abandonnés d'une vie brusquement arrachée , ce silence entrecoupé du récit du guide qui lui était un rescapé de ce carnage m' a complètement bouleversée, je m'imprégnais de ces horreurs comme si je les avais vécu , une ville brûlée, ses habitants dont de nombreux alsaciens furent brutalement conduits dans leur église pour y être passés par les armes . »
« Nous avions « la chance » de vivre de l’autre côté de la Méditerranée ; mon père a été arrêté à trois reprises (il s’évadait !) mais la troisième il était pour partir dans les camps ; heureusement les Ricains ont débarqué. Mon oncle n’a pas eu cette chance, il a été déporté.
Etant petite quand je lui ai demandé ce qu’était le chiffre qu’il portait sur le bras, il m’a juste répondu : « pour ne pas que j’oublie ». »
« C’est l’histoire de mon grand père, il était prisonnier de guerre dans une ferme et il s’est évadé, mais il a été bloqué par une rivière car il ne savait pas nager. Il a donc été repris est cette fois pas dans une ferme mais un camp. Quand il est revenu mon père et mon oncle ont demandé à leur mère qui était ce monsieur. D’après ma petite mamie il a hurlé pendant des années toutes les nuits.»
«Je me souviens de l'air triste qu'avait ce jeune homme qui portait une veste kaki. Dans le dos, en énorme, les deux lettres P G prisonnier de guerre.
Il travaillait chez le paysan qui était vers chez ma grand mère. Bien sûr je croyais que son prénom était Fritz car tous l'appelaient ainsi......j'étais gamine, je lui faisais des sourires mais il n’osait pas lever la tête!!!
C'était une maison où il devait être nourri potablement car la patronne était gentille pas comme le patron qui criait toute la journée.»

Notre devoir de mémoire est ici, dans la transmission de ces souvenirs, pour que personne n'oublie le quotidien de ces temps de guerre et que personne n'ait à le vivre.

Publié dans Guerre 39-45

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Lucile 25/02/2008 22:02

Merci Sophie !