Diémoz en France

Publié le par Sophie BOUDAREL


Diémoz en France

Avec un brin d’impertinence, je commencerai ces quelques lignes en disant que Diémoz est un des innombrables villages qui peuplent notre bonne vieille terre.
Avec un autre brin de chauvinisme, j’ajouterai que Diémoz est en France et plus précisément dans le Sud Est du Pays.


Plus précisément, notre village se trouve dans le département de l’Isère, entre Lyon (35 kilomètres), Grenoble (76 kilomètres) et Vienne (24 kilomètres).

Pour les esprits chagrin, Diémoz est un village du Nord Isère, à la limite des terres froides de si mauvaises réputations depuis la nuit des temps.


Diémoz d'un peu plus près


Situation de Diémoz et de ses environs du côté de Vienne

Un peu de géologie

Diémoz est situé dans la zone Est de la vallée de la Véga aussi appelée « grande plaine ». Cette grande plaine, en forme de carotte, est orientée presque Est Ouest avec une largueur de plus de 5 kilomètres à l’Est pour rejoindre Vienne à l’Ouest, avec moins d’un kilomètre de large.

Vers l’Est, cette plaine qui est en fait un plateau, tombe assez rapidement dans la vallée qui relie Bourgoin Jallieu à Lyon. Dans l’autre sens, elle descend en pente douce jusqu’au Rhône au niveau de Vienne. Entièrement défrichée, la Grande Plaine s’oppose au plateau encore très largement boisé, où l’homme n’a ouvert que quelques clairières et des sillons dans les fonds de vallées.


La plaine de la Véga vue du chemin des Bresses


Le fond de la plaine en direction de Vienne

La vallée de la Véga est un reste de la période glaciaire du quaternaire. Elle est couverte de moraines argilo caillouteuses, avec quelques placages de loess respectés par l’érosion. Son fond est très plat et au milieu, coule la rivière souterraine de la Véga dite aussi « Rivière de Septème ». La raison vient du fait qu’en période de fortes pluies, la rivière réapparaît entre le péage de Oytier et celui de Septème, dans son lit de gravier, habituellement utilisé par les motards et autres pilotes de quatre roues. Ce fut le cas en mai 1983 et plus récemment en avril 2001.

Cette formation de la vallée et de la vallée avoisinante, la vallée de la Vésonne, ainsi que la typologie du sous-sol, sont les causes d’un phénomène très spectaculaire que l’on appelle ici le Julin ou Zulin.

Ce phénomène naturel et intermittent apparaît sur la forme de l'inondation de la vallée de la Vésonne, principalement d'Estrablin à Artas et intéresse trois des communes du canton de Vienne Sud, Estrablin, Moidieu - Détourbe et Eyzin Pinet. On le rencontre aussi plus au nord dans la vallée de la Véga à Septème, et dans la vallée de la Sévenne à Luzinay et vers Chuzelles.


Le lit de la Véga au péage de Oytier

Il a lieu tous les cinq à sept ans environ et consiste en une vaste inondation des zones de plaine par émersion de la nappe phréatique souterraine qui se met alors à recouvrir champs et prés. Le phénomène s'explique par la présence, dans les vallées de la Vésonne, de l'Ambalon et de la Gère, d'une nappe de cailloutis perméable au-dessus de substratum molassique imperméable. Cette nappe qui peut atteindre 30 mètres d'épaisseur, stocke les eaux d'infiltration des vallées et collines environnantes, elles-mêmes couvertes, entre autres, de sables, graviers et cailloutis déposés par les glaciers.

Quand l'hiver a été humide et le printemps aussi, le sous-sol est saturé d'eau et celle-ci apparaît en différents points de la vallée sous la forme de nappes jaillissantes, inondant tous les champs et les prés dont le niveau est inférieur au lit de la Vésonne, parfois pendant plusieurs mois.

Les eaux infiltrées s'écoulent vers l'ouest, vers le confluent Gère - Vésonne, mais sont bloquées par le granit imperméable qui surgit aux abords de Vienne, de sorte qu'elles restent en une énorme nappe d'eau souterraine, dont la Gère n'écoule qu'une partie. Cette nappe est aussi alimentée par les rivières de Saint Jean de Bournay, de Charantonnay et de Diémoz. En fait, la Gère, qui vient d’un étang de la commune de Lieudieu, arrose Villeneuve l’église, Eyzin Pinet, Pont l’évêque et finit près de Vienne, après un parcours de 40 kilomètres, pendant lequel elle absorbe la Valèze (venant de la forêt de Bonnevaux), la Vésonne, la Suze et la Véga.

Non seulement, ce séjour prolongé de l'eau sur les terres cultivées était et est encore préjudiciable aux récoltes, mais il s'accompagnait à l’époque d'une fièvre « dont on se rappelle beaucoup à Estrablin et dont personne n'était exempt », écrit J. MAYOUD en 1883.


Les rivières des environs de Diémoz

En 1750, au début du mois d’août, des pluies diluviennes causèrent d’immenses ravages dans les paroisses de Moidieu, Beauvoir de Marc, Savas et Estrablin. L’Amballon et la Vésonne débordèrent et emportèrent les battoirs à chanvre installés sur leurs rives ainsi que les moulins de Gemens.

En 1840 et en 1856, la partie de la vallée joignant les coteaux de Eyzin Pinet (plus basse que la partie nord), depuis le hameau de la Détourbe jusqu’à la limite de la commune d'Estrablin, fut entièrement couverte d'eau pendant plusieurs mois, une véritable rivière qui en fut le résultat, se jetait dans la Gère au hameau du Viannay. (BM. Grenoble, X. 428)

Dans sa monumentale « Histoire du Dauphiné », l'historien viennois Nicolas CHORIER (1612-1692) parle déjà des eaux malfaisantes du Julin.


Mais cette morphologie du terrain a permis à Diémoz et ses environs de devenir le pays de la rose avec deux des plus célèbres maisons REUTER et MEILLAND. Chaque année, d’immenses champs fleurissent de milliers de jeunes pieds de rose qui feront le bonheur des jardins en France et dans le monde l’année suivante.

 

 

RAPIDE HISTOIRE DE LA REGION

Le propos de ce chapitre est de rappeler les principaux événements du département de l’Isère avant d’être rattaché à la France et de devenir ce qu’il est aujourd’hui. Ce n’est qu’un résumé car il n’est pas possible de décrire même brièvement 2000 ans d’histoire en une page. Certains événements seront repris dans les différents chapitres suivants lors des différentes étapes de la vie de Diémoz et de ses environs.

Diémoz appartient au département de l’Isère qui était autrefois une partie de l’ancien Dauphiné. Ce pays, lors de l’invasion des Gaules par les Romains, était habité par deux nations puissantes, les Allobroges et les Voconces.

L'Isère à l'époque romaine

Les Allobroges, placé entre le Rhône et l’Isère, avaient pour capitale Vienne. Le site de Diémoz était alors en pays Allobroges. Les Voconces occupaient la rive gauche de l’Isère, leur capitale était Vaison devenue Vaison la Romaine. Les Allobroges servirent dans l’armée de Brennus puis furent battus par trois fois par les romains. Soumis par eux, ces deux peuples furent d’abord compris dans la Provincia Romana, puis dans la Narbonnaise. Sous Honorius, le Dauphiné fit partie de la Viennoise, quand les barbares se ruèrent sur l’empire romain.

Les Bourguignons, dès le commencement du 5ème siècle, s’emparèrent de cette province, et fondèrent le premier royaume de Bourgogne qui, du sud au nord, s’étendait depuis la Durance jusqu’à Langres, et de l’est à l’ouest, depuis Bâle jusqu’à Nevers. Conquis par les Francs, le Dauphiné, incorporé au royaume d’Austrasie, fut, vers 730, envahi par les Sarrasins. Mais bientôt, Charles Martel, victorieux à Poitiers, le rattacha au royaume des Francs.

Plus tard, le Dauphiné fit partie du royaume d’Arles ou de Provence, puis du second royaume de Bourgogne, fondé par Boson, et finit par être gouverné par des comtes qui se rendirent indépendants.

Les comtes d’Albon, en s’emparant du pays, ajoutèrent à leur titre celui de comtes du Viennois. Un d’eux, Guigne III fut, s’il faut en croire quelques auteurs, le premier qui reçut le surnom de Dauphin à cause de la figure qui décorait le cimier de son casque. Ce surnom, gardé par ses successeurs, donna lieu au nom du pays. D’autres historiens prétendent que le nom de Dauphiné vient d’un dauphin que Boson avait fait peindre sur son écu, pour désigner, disent-ils, la douceur de son gouvernement. Plusieurs, enfin, le font venir d’un certain Delphinus, paysan célèbre sur lequel on a raconté beaucoup de fables.

Quoi qu’il en soit, il est certain que les comtes d’Albon, dont la lignée masculine s’éteignit en 1184, furent les premiers Dauphins du Viennois. Hugues IX, en mourant, laissa une fille nommée Béatrix, qui fut mariée à Hugues III, duc de Bourgogne, prince de la maison de France, et devint la tige de la seconde race des Dauphins qui s’éteignit en 1282. Le dernier de ces princes ne laissa aussi qu’une seule fille, mariée à un seigneur de La Tour du Pin dont la postérité forma la troisième race des Dauphins. En 1343, Humbert II, Dauphin de Viennois, désespéré à la suite de la mort de son fils au château de Beauvoir, au dessus du village de Saint Romans en Isère, céda le Dauphiné à la France.

La cession fut confirmée en 1349 par un acte passé à Romans, et renouvelée à Lyon dans une assemblée solennelle. Une des principales clauses de cet acte était que le fils du roi de France serait nommé Dauphin, que les armes du Dauphiné seraient ajoutées à celle du Roi enfant et que le territoire ne pourrait être uni ni ajouté au royaume de France. Les conditions de l’acte de cession furent observées jusqu’en 1790. A cette époque, le Dauphiné, comme tous les autres pays à Etats, se confondit avec le reste de la France et forma les trois départements de l’Isère, la Drôme et des Hautes Alpes (ou Alpes de Haute Provence).

Les villes et villages entre Rhône et Isère (découpe de 1968)

Un peu d’histoire

Les noms des communes sont leur propriété exclusive et une modification ne peut y être apportée qu’à leur seule demande. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Sous l’Ancien régime, les seigneurs étaient autorisés à donner un nouveau nom, le plus souvent leur patronyme, aux terres dont ils prenaient possession. Souvent opposées à ce changement, les populations conservaient alors leur appellation traditionnelle.

Entre 1790 et 1801, la réapparition d’anciens noms et l’invention des noms révolutionnaires établissent une valse des noms difficile à suivre jusqu’à l’arrêté du 27 août 1801 qui déclare : « Il ne pourra à l’avenir être donné aux communes d’autres noms que ceux portés aux tableaux qui contiendront la division du Territoire de la République en justices de paix. »

Présentant de nombreuses erreurs, il est demandé aux préfets, en 1804, d’établir un état exact des communes de leur département en « apportant le plus grand soin à ce que l’orthographe soit celle usitée sur les lieux ». Ainsi, en filigrane, est reconnue aux collectivités locales la liberté de définir leur nom, et acquise leur propriété fondée sur l’usage.

Depuis 1877, est « considérée comme seule officielle l’orthographe que donnent les tableaux de population publiés par le ministère de l’Intérieur à la suite de chaque recensement quinquennal ». Ces publications, conservées à l’Imprimerie nationale afin de servir pour les dénombrements ultérieurs, préserveront l’orthographe de ces noms « désormais à l’abri des variations et des altérations que trop souvent l’usage a introduit ».

En 2003 (J.O. 288 du 13 décembre), un arrêté réaffirme que l’INSEE détient l’orthographe officielle telle que présentée dans la « Nomenclature des collectivités territoriales et des circonscriptions administratives de la France et des pays et territoires étrangers dénommée code officiel géographique (COG) ».

Les différents noms de Diémoz

L’origine du nom de Diémoz est Romaine. Deux théories s’affrontent avec un avantage pour la seconde. La première est fournie par Aymar de Rivail et Guy Allard, qui voudraient que Diémoz vienne de decinum, soit dix milliaires à partir de Vienne.

La seconde est fournie par un texte de Saint Adon, à propos de la translation de Saint Theudère à Vienne : « Delatum est sanctum corpus in locum duodecinum ». Cette théorie penche pour duodecinum, soit douze milliaires à partir de Vienne. Elle est confirmée par les études philologiques de Monseigneur Devaux dans son « essai sur la langue vulgaire du Dauphiné, page 257 » qui reconnaît que les formes anciennes de Dueymo, Duiesmo et Duelmo supposent comme prototype commun duodecinum.

La distance de Vienne à Diémoz est de 19 kilomètres, soit environ 12 milles romains qui faisaient entre 1479 et 1481 mètres (1180 mètres d’après les études de Delachenal sur le cartulaire du temple de Vaulx). A Rome, les milles étaient mesurés depuis les limites des lieux habités.

Dans ses « mémoires d’un touriste », Stendhal écrivait : « Plusieurs petits villages du Dauphiné forts laids et situés dans la plus désolée des plaines, ont conservé le nom de pierres milliaires voisines ; ce sont Septème, Oytier et Diémoz. ». Il a oublié d’ajouter un lieu dit à la sortie de Diémoz, s’appelant Triévoz bien que l’origine de ce dernier nom soit sujet à diverses interprétations.

Puis le village s’est appelé Dième. En fait, dans le parcellaire de 1640 des archives communales, seul le quartier de l’église qui devait longer la butte féodale au nord s’appeler Dième. Il est d’ailleurs vraisemblable que près de là devait se dresser la pierre milliaire qui est à l’origine de ce toponyme routier. Au fil des ans, Dième est devenu Diémoz. En 1537, il est fait question de Dyesme, à propos des seigneurs d’Oncieu.

La liste suivante donne les différents noms du village à travers le temps

 

DUODOCINUM

900

DUESMO

1169

DUEIMO

1240

DEMO

1320

DYEMS

1391

DYEME

1458

DIEME

1533

DIEMOS

1633

DIESMOS

1706

DIEMOS

1757

DIEMOZ

1790



A suivre ... Diémoz dans l'histoire : Préhistoire

Publié dans Histoire Locale

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M.Joseph Rigori 14/06/2008 16:17

Les diiférantes ortographes de DIEMOZ :(Selon mes documents)DUODOCINUM DUESMO DUCIMO 1240 catulaire LyonnaisDUEIMODEMODYEMO 1391 AD B297DYEMS DYEME DIEMEDIEMOSDIEMES 1633 TerrierDIESMOSDIEMOS DIEMOZM.Joseph Rigori

M.Joseph Rigori 14/06/2008 15:59

Etymologie du nom de DiemozL'origine du nom de Diemoz est gallo romaine.Le mode de vie, les croyances de cette civilisation ont marqué pendant des siècles les populations locales et laissé une ascendance romaine aux noms des lieux-dits et villages.Exemple du canton sur le tracé de la voie romaine :La troupière  : stationnement des troupesLa pinalière   : le lupanarCésarges      : villa CosarioN.D. de Lestyra: via strata lapidaPonas           : Sactuaire d'EponasTrivoz-Gillet   : Souvenir de murs antiquesExceptionnelement les concordances milliaires ont laissé leurs noms au village :Septème 7ème borne milliaireOytier     8ème borne milliaire, pour lequel de nombreuses traces matérielles attestent d'un village gallo romain important, doté de tous les élèments de confort et de luxe de cette époque.Le stationnement de la 10ème cohorte romaine sur la butte de Diemoz a laissé le nom d'un lieux-dit.A cette époque il n'y avait ni hameau ni village.Une première église romane a été construite à l'emplacement de l'église actuelle probablement au moment de l'évangélisation de la région vers le 10ème siècle et un village s'est construit progressivement pour porter le nom de DUODOCINUM pour rappeller le stationnement de la 10ème cohorte romaine.M.Joseph Rigori