Les Seigneurs de Diémoz : première partie

Publié le par Sophie BOUDAREL

Après avoir découvert une maison forte à Diémoz, je vous invite à parcourir un peu d'histoire en compagnie des Seigneurs de Diémoz.

Première Partie...

La famille d’Oncieu

Le Dauphiné entre dans le royaume de France

C’est au 14ème siècle que le Dauphiné va subir de grands bouleversements. Depuis longtemps, ce territoire intéressait beaucoup les différents rois de France car frontière avec la Savoie.

C’est le 30 mars 1349 que fut signé le traité de vente du Dauphiné à la couronne de France pour la somme de 200 000 florins et 4000 florins de rente annuelle. Les deux protagonistes, longtemps ennemis, furent Philippe VI de Valois pour le Royaume de France et Humbert II pour le Dauphiné. Ce dernier, ruiné et surtout effondré après la perte de son unique héritier, accepta les offres du roi de France.

La légende veut que l’enfant soit tombé de la fenêtre de la tour Nord du château delphinal situé à Beauvoir en Royans au-dessus du village de Romans. Deux théories s’affrontent ; la première est que c’est Humbert II lui-même qui aurait laissé échapper l’enfant, la seconde est que c’était la gouvernante de l’enfant. Dans tous les cas, l’enfant tomba au bas des murs du château dans la rivière qui rejoignait l’Isère (et non dans l’Isère elle-même) et mourut. Le traité fut signé en deux fois, le 30 mars 1349 au château delphinal de Beauvoir et le 16 juillet à Lyon où eut lieu la cérémonie officielle du rattachement du Dauphiné à la France.

En fait, le traité était particulier. En effet, le Dauphiné était vendu au petit-fils de Philippe VI, qui sera le futur Charles V le sage. Celui-ci était le fils de Jean II le bon qui fut fait prisonnier par les anglais en 1356. C’est à cette date que Charles V assuma le pouvoir jusqu’en 1360. Puis, il devint officiellement Roi de France en 1364 à la mort de son père. Le traité voulait que le Dauphiné appartienne au fils aîné du Roi de France qui prit le titre de Dauphin. Le Dauphiné, suzerain du royaume, était considéré comme indépendant, ne relevant que du Dauphin.

Pour Diémoz et les villages environnants, cet achat n’eut pas de conséquences directes, car le village était hommagé aux Comtes de Savoie. Mais de nombreuses divergences existaient entre Charles V et le Comte Amédée VI de Savoie. Après une rencontre infructueuse en 1352, la guerre éclata. Les Dauphinois ravagèrent Saint Symphorien d'Ozon et les terres alentours et brûlèrent Dolomieu.

De leur côté, les hommes du Comte de Savoie, les Savoisiens gagnèrent la célèbre bataille des Abrets. Cette période troublée fut conclue par le traité de paix, dit traité de Paris, le 5 janvier 1355, qui définit les limites des différents états. Ce traité fut fondamental pour Diémoz et les communes alentours, car des terres furent échangées entre le Comte de Savoie et le Dauphin. Le Comte abandonna dans le Dauphiné presque tous ses domaines entre autres St Symphorien d'Ozon, St Georges d'Espéranche (et donc Diémoz), La Verpillière, Chandieu, Heyrieux. De son côté, le Dauphin remet au Comte le Faucigny, le pays de Gex et plusieurs terres, fiefs et arrières fiefs au-delà du Guiers et du Rhône, dans le Bugey et la Savoie.

Après près de trois siècles de guerre entre le Dauphiné et la Savoie, les habitants de Diémoz et des villages alentours purent espérer avoir une vie plus tranquille. Hélas, pour les serfs de la région, la grande peste commença en 1348 pour plus de 200 ans.


La première lignée de seigneurs de Diémoz

Dès le 14ème siècle, le « château », sans doute à la suite d’un mariage, passe aux mains de la famille de Oncieu qui gravitait autour des Comtes de Savoie dans leur « ville » de Saint Georges d’Espéranche. La maison d’Oncieu, titrée marquis de Chaffardon en Savoie, mais originaire de Douvres en Bugey où ce nom était connu depuis le 12ème siècle. Elle vint s’installer à Diémoz en Viennois donnant aussi des seigneurs à Marennes et à Charavines. Elle avait aussi des biens à Ambérieu, Ambronay, Douvres, Montluel et Lyon.

Déjà au 13ème siècle, la famille Oncieu était possessionnée à Diémoz et Comberousse. La première trace est Pierre d’Oncieu, seigneur de Diémoz qui en 1270 assiste au château de Saint Georges, au mariage d’Hippolyte de Bourgogne avec le comte Aymaret de Valentinois. 

Dès 1329, Guillaume d’Oncieu fit hommage au Comte de Savoie de sa terre de Diémoz. Chevalier et seigneur de Diémoz, Guillaume fait don de ses terres à son frère Jean d’Oncieu. Ce dernier succède donc à son frère et épouse Alix de Septème. Ils eurent 4 fils : Icem (Pierre ?) , Etienne, Guigonnet et Guillaume. Il est désigné comme seigneur de Diémoz et de Douvres en Bugey.

En 1345 dans une charte, Guillaume d’Oncieu paraît avec le titre de Damoiseau puis réfectorien et abbé de Ainay, son frère Guigonnet est désigné comme clerc. Ils furent tous les deux enterrés à Diémoz.

Etienne devint seigneur de Douvres et épouse Marguerite de la Balme le 21 janvier 1346, puis Jeannette de Corant le 24 septembre 1358. Il décédera le 21 avril 1361.

Icem (Pierre ?) récupère les biens de sa mère à Septème et succède à son père. Il est possible de voir ses armoiries jointes à celles de sa femme sur un chapiteau de la chapelle latérale de Notre Dame de Lestra. La chapelle, sans doute construite par lui, était à cette époque la chapelle paroissiale. Icem (Pierre ?) a épousé le 13 janvier 1343, Berlione, fille de Jean de Palagnin (registre dauphinois 33406). Icem (Pierre ?) décède à Diémoz le 26 avril 1349.

Mais c’est Guillaume qui devient Seigneur de Diémoz en 1349.


D
ans un texte du 1er août 1355, Guillaume Seigneur de Dième hommagea au dauphin, fils du roi de France qui était à l’époque Charles V le sage, sa Maison Forte de Dième avec ses dépendances : forte, fossés et 40 possessées de vignes et jardins. C’est aussi à cette époque que Diémoz se sépara de la dépendance de Saint Georges d’Espéranche, qui avait fait partie des échanges de 1355

Ce Guillaume avait épousé Fioretti Mitte, d’une famille savoyarde et mourut jeune. En 1358, Jean de Chuyzet devient tuteur de ses enfants mineurs : Gillet, Violente et Gabrielle.

Le 14 juillet 1362, les trois enfants prêtent de nouveau hommage en fief rendable au Dauphin de France qui est Charles V pour deux ans encore, par la voix de leurs tuteurs, « de leur Maison Forte de Diémoz, avec les fossés et 40 possessées de vigne et jardins, avec une pièce de terre située dans ladite vigne et diverses pièces de terre qui tenaient en emphytéose divers particuliers ». Cet acte précise que tout ce qui est entre les chemins suivants relève de lui « depuis Trivo Gilet, trivio viarum de Lapmusiata uaque trivium pavot et a dicto trivio pavot jusqu’à la Croix et de la Croix jusqu’ad trivium de la Muriata ».

Le 5 décembre 1381, Gillet d’Oncieu prête hommage à Charles VI, Roi de France depuis 1380 et encore dauphin de France, de la Maison Forte de Diémoz située au mandement de Saint Georges d’Espéranche avec ses dépendances. Gillet d’Oncieu est encore qualifié de Seigneur de Diémoz en 1396. C’est son fils François qui devient Seigneur de Diémoz à la mort de son père. Il épouse Catherine de Lemps dans les premières années du 15ème siècle.

Charles VI

La suite de la lignée des d’Oncieu en ce début du 15ème siècle fait l’objet de deux théories différentes.

La première qui est celle de quelques historiens locaux, est contredite par des documents d’époque. Elle est cependant transcrite ici et donc à prendre avec réserve.

« En 1436, paraît comme Seigneur de Diémoz, Catherine d’Oncieu. Il semble qu’elle remplace son mari François, décédé. »

La seconde théorie s’appuie sur un jugement du parlement de Grenoble disponible aux archives départementales B. 3426. C’est sur cette base, que la seconde théorie se décline.

« François d’Oncieu marie son fils Catherin en 1430. Il semble que Catherin fut un valeureux soldat de Charles VII. Il devint même un de ses conseillers et son chambellan en 1485.  C’est durant cette année là que Jeanne d’Arc fut fit prisonnière à Compiègne.

En 1436, Catherin paraît comme Seigneur de Diémoz.

En 1440, il paraît devant le parlement du Dauphiné. Il y est accusé

1.       D’avoir arrêté et détroussé des voyageurs venant de Vienne,

2.       D’avoir fait couper des arbres dans la forêt delphinale de Saint Georges d’Espéranche,

3.       D’avoir emprisonné Pierre Girard, sergent général du Dauphiné,

4.       D’avoir, pour se venger, fait arrêter Jean Berton, sergent qui avait exécuté les lettres delphinales contre lui, et de lui avoir fait couper les nerfs des bras et des jambes.

Claude de Chandieu, complice du seigneur de Diémoz, est accusé d’avoir maltraité un nommé Benoît Copte, habitant de Saint Georges d’Espéranche, qui apportait des vivres aux gens du gouverneur delphinal, en ce moment en résidence à Saint Symphorien d’Ozon ; enfin tous deux accusés d’avoir, à plusieurs reprises chassé dans la forêt de Saint Georges, malgré les défenses publiées au commencement de chaque année. Ces dangereux seigneurs furent condamnés à de légères amendes. »

La lignée d’Oncieu

 

1270

Pierre d’Oncieu

 

1329

Guillaume d’Oncieu

 

1329

Jean d’Oncieu

Frère de Guillaume

1343

Icem (Pierre ?) d’Oncieu

Fils de Jean

1343

Etienne d’Oncieu

Fils de Jean

1343

Guigonnet d’Oncieu

Fils de Jean

1345

Guillaume d’Oncieu

Fils de Jean

1345

François d’Oncieu

Fils de Pierre

1358

Gillet d’Oncieu

Fils de Guillaume

1358

Violente d’Oncieu

Fille de Guillaume

1358

Gabrielle d’Oncieu

Fille de Guillaume

1398

François d’Oncieu

Fils de Gillet

1436

Catherin d’Oncieu

Fils de François

1475

Robin d’Oncieu

Fils de Catherin

La lignée d’Oncieu

Loyce d’Arces

Le fils de Catherin, Robin d’Oncieu est mentionné comme « fils du Seigneur de Diémoz » en 1475, tandis qu’il est qualifié de « Noble et puissant homme, Seigneur Robin d’Oncieu, Seigneur de Dième » en 1489. Il paraît encore en 1513. Il fut le dernier des seigneurs d’Oncieu.

Il avait épousé Loyse (Louise) d’Arces qui, une fois veuve, fit construire, de 1521 à 1533, l’église actuelle de Diémoz. Jeune veuve et sans enfant, elle voulut sans doute marquer par des œuvres pies, son zèle pour la gloire de Dieu et sa sollicitude pour les habitants de Diémoz. Il existe une version plus populaire de l’origine de la construction de l’église, décrite dans le chapitre sur l’histoire de cette dernière.

A cette époque, l’église n’était encore que simple chapelle de château, bâtie dans la cour basse du domaine qui s’étendait alors jusque là. Cette chapelle était réservée au seigneur du château. Le clos du château, bien réduit aujourd’hui, descendait jusque là en comprenant la grande vigne. Il existe encore aujourd’hui un quartier de Diémoz s’appelant la Grande Vigne. On voit partout, dans l’église, les armes de Loyse d’Arces.

Loyse d’Arces était issue de la famille d’Arces qui tire son nom de la terre d’Arces en Dauphiné, située sur la paroisse de Saint Ismier, dans la vallée du Grésivaudan, dépendant alors de l’ancien mandement de Montbonnot. Il reste d’ailleurs actuellement, la cette commune proche de Grenoble, des ruines féodales connues sous le nom de La tour d’Arces.

La famille primitive d’Arces s’éteignit au 13ème siècle, avec Guiffrède, fille de Louis d’Arces et de Emphelive de Chateauneuf et dernière de la race. Guiffrède épousa en 1216, Hugues de Morand, à Theys, dans les contreforts de la vallée du Grésivaudan. Ce dernier était chevalier et prit les armes et le surnom d’Arces, ce qui était fréquent à cette époque, en cas d’extinction du nom. Leur postérité directe conserva ce nom depuis. Cette maison, ainsi reconstituée, fut illustre dans les annales ecclésiastiques et chevaleresques de notre Province. On peut ainsi citer, vivant vers 1433 en Tarentaise, Claude d’Arces, abbé, nommé à l’archevêché de Embrun. Antoine d’Arces, connu sous le nom de « chevalier blanc » eut l’honneur de commander en Ecosse en qualité de lieutenant général. Il parcourut divers Royaume d’Europe avec trois compagnons, les fameux « Chevaliers errants » : Aymon de Salvaing, Gaspard de Montauban et Imbert de Rivoire.

Enfin, il y eut François d’Arces, devenu célèbre comme vainqueur du combat des « trois contre trois » et favori du roi Henri II, second fils de François 1er et Roi de France de 1547 à 1559. Il est désigné dans son testament sous le nom de noble et puissant seigneur François d’Arces, seigneur de la bastide de Maslan de Saint Maurice en Trièves, de la maison forte de Montbivol, et Baron de Livarot en Normandie. François d’Arces était le cousin de Loyse d’Arces. Sur le point de partir pour aller combattre au-delà des monts ( ?), dans son testament fait le 15 octobre 1537, il « lègue à noble et généreuse Dame Loyse d’Arces, Dame de Dyesme, l’usufruit d’une partie de ses biens pour en jouir pendant la vie ». 

La maison d’Arces avait deux devises. La première était un essaim de « mouches à miel », avec la légende « n’a piqué la plus belle ». La seconde, comme tant d’autres, parmi les plus anciennes, n’est qu’un jeu de mots, un simple calembour : c’est un buis avec la légende « le tronc est vert si les feuilles sont Arces ». En vieux français, Arces signifiait brûlés.

Loyse d’Arces appartenait à une branche cadette de cette illustre maison. La brisure de son blason nous l’indique. Cependant, la noble dame de Dyesme n’était qu’usufruitière de la terre de Diémoz. Comme elle le déclare en 1540, le château de Diémoz était passé par testament de son mari, à son cousin, Louis Adhémar de Monteil, Seigneur de Grignan. L’acte en question ci-dessus fit mention à cette époque d’un arrière fief du château de Diémoz : la maison de Jean Brunel de Paleyssin, ancienne maison Sermet. Loyse d’Arces vécu au château de Diémoz jusqu’à sa mort. Elle voulut être enterrée dans son église. Sur le côté gauche du chœur, près de l’entrée de la sacristie, il est une pierre tombale où on y lisait, il y a quelques années encore, le nom de Loyse. Autrefois, elle était placée, dit-on dans l’église même, près des fonds baptismaux. Là, dans un enfoncement que l’on distinguait un peu sous la couche de plâtre qui revêt les murs, devait être le tombeau de Loyse d’Arces.


La famille de Saint Chamond

Le 16ème et le 17ème siècle

En 1515, François 1er devenait Roi de France jusqu’en 1547 à l’époque où le château de Diémoz changeait de lignée.

Le siècle avança avec son cortège de rois. Mais sa fin fut marquée par les guerres de religion qui furent durement ressenties dans le Dauphiné.

La nuit de la Saint Barthélemy

Les combats furent fréquents de 1560 à 1593 entre les ligueurs et le Baron des Adrets. Il y eut au début novembre 1562, un affrontement sévère entre les troupes catholiques et protestantes sur le territoire de Moidieu, aux limites de Chaumont et d’Estrablin. Ce combat ne donna pas d’avantage décisif à aucune des deux armées.  Ce champ de bataille a donné son nom au lieu dit « le combat ».

Le 9 novembre1567, Claude de Polloud de Saint-Agnin, capitaine catholique s’étant retiré avec ses soldats au prieuré de Moidieu, y fut assiégé par les huguenots venus de la ville de Vienne ; une violente bataille se déroula à l’intérieur du bâtiment religieux et le seigneur de Saint-Agnin, préférant la mort plutôt que la reddition, y fut tué. (BM. Grenoble. X. 402)

Le 14 novembre de la même année, les troupes protestantes du baron des Adrets qui saccageaient Moidieu depuis plusieurs jours en furent chassées par les soldats catholiques du capitaine de Gordes, assisté de Louis de Buffevent seigneur de Moidieu. (A D. Isère. B. B. 20)

Septème, sous l’initiative de Jacques de Chevrières, fut occupé par les Huguenots. Ce dernier participa à tous les combats. Mais entre les ligueurs, l’entente n’était pas parfaite. Chevrières qui s’était prononcé en faveur de Henri de Navarre, fut dénoncé par son collègue Anne d’Urfé chef de la ligue dans le Forez et emprisonné à Lyon, début 1590 dans la forteresse de Pierre-Scize. Il y resta six mois, fut ensuite délivré avec les excuses des Ducs de Mayenne et de Nemours. La « paix du Roi Henri » permit aux deux ligueurs une réconciliation, mettant un terme à cet incident.

 

A suivre dans la deuxième partie : La deuxième lignée des seigneurs de Diémoz...


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