Diémoz sous la Révolution, première partie

Publié le par Sophie BOUDAREL

Après avoir découvert les Seigneurs de Diémoz, nous allons cette semaine nous intéresser à Diémoz sous la Révolution.

Diémoz sous la révolution
première partie

La révolution française

Les origines

Diémoz, comme la plupart des villages et villes de France, a traversé la Révolution Française avec son lot de malheurs, de ruines et de misères pour entrer dans l’histoire moderne. Mais commençons par un retour en 1789.

Les Etats Généraux de 1789

Durant l'année 1788, le pays manquait d'argent et souffrait financièrement. Le peuple prétendait que le roi dépensait trop d'argent. Louis XVI décida finalement d’appeler la réunion des Etats Généraux.

Les Etats Généraux rassemblaient trois corps dont chacun votait séparément : le clergé, les nobles et le Tiers Etat (constitué de bourgeois). Les bourgeois n'avaient pas autant d'autorité que les deux autres entités, les nobles et le clergé ayant voulu amoindrir leur pouvoir en se donnant un vote majoritaire.

Après de nombreux débats, une pétition fut faite et envoyée au roi, pour demander qu'il donne le même niveau d'autorité au Tiers Etat qu'aux autres. Louis XVI y consentit malgré la réticence de la noblesse qui tenta de se révolter. Louis XVI demanda alors que les villageois choisissent leurs propres représentants.

Dans le même temps, il demanda aussi que chaque village fasse une liste de griefs afin qu'il puisse les adresser aux Etats Généraux. Ce fut ce que l’on appela les cahiers de doléances. Le peuple se calma et leur mécontentement se porta du roi sur la noblesse.

Pour ce qui était de la situation financière, un suggestion se fit jour, pour que l’impôt soit payé par toutes les classes de la société. Mais les membres de la classe privilégiée pensèrent qu'ils resteraient exempts d'impôts. Une rumeur courut que les paysans seraient aussi exemptés d'impôts. Cette idée s'est répandue vite et loin, si bien que les paysans refusèrent de payer leurs impôts et les frais féodaux.

Ainsi une autre lutte commença contre les nobles lorsqu'ils essayèrent d'encaisser les impôts des villageois. Cette révolte fut l’une des base de la Grande Peur l'année suivante.

 

Les états généraux et la révolution

Début 1789, une autre réunion des Etats Généraux est convoquée pour essayer de ramener l'ordre dans le chaos. Le vote par tête fut demandé mais les nobles et le clergé refusèrent car ils savaient qu'ils seraient battus et perdraient le contrôle des Etats Généraux. Malgré l’unité de façade entre les trois corps, le mot s'est répandu à Paris et à Versailles que les nobles étaient contre la décision des États Généraux, et qu'ils allaient employer des troupes étrangères pour lutter contre les bourgeois et les classes populaires.

Le peuple croyait à présent que la noblesse était contre lui voulaient le détruire. Les rumeurs se sont répandues partout prétendant que beaucoup de soldats d'outre-mer arrivaient pour écraser la population et en finir avec les États Généraux.

Dans le même temps, les gens commencèrent à croire que la famine qui sévissait, avait été organisée par les propriétaires terrains dès le début de l’année dans le même but de destruction de la révolte.

Dans les villes , le Tiers État commença à solliciter le soutien de la population pour lutter contre les aristocrates tandis qu’un nouveau bruit courait que les nobles essayaient d'obtenir de l'aide à l'extérieur du pays.

C’est dans ce contexte terriblement tendu que la Bastille tomba en juillet 1789. La nouvelle fut connue dans le Dauphiné que 4 à 5 jours plus tard, les communications se faisaient de vive voix et par coursier à cheval.

Le terreau de l’agitation

Pour bien comprendre la situation à cette époque, il est nécessaire de comprendre le contexte économique des habitants du nord Isère. Même si le Dauphiné fut le « berceau de la révolution », la réalité locale était différente. La révolution fut, pour les ruraux de la France entière, l’occasion de s’affranchir de la féodalité, régime archaïque et oppresseur dont ils supportaient les charges accablantes, sans en retire la moindre compensation ni le moindre avantage.

Schématiquement, les habitants du nord Isère subissaient deux droits féodaux, répartis en droits réels ou fonciers et les droits personnels. Les premiers venaient de l’antique possession du sol par les seigneurs. Ceux-ci ont albergé leurs terres à des tenanciers, moyennant la reconnaissance de son domaine direct, une redevance annuelle ou servis et des droits de mutation connus sous le nom de lods et ventes. Souvent, des rentes étaient ajoutés à la redevance. Quant aux lods, leur taux était variable d’un lieu à un autre. Toutes ces reconnaissances étaient consignées dans un livre terrier, que les seigneurs renouvelaient de loin en loin. Mais les temps avançant, d’autres catégories de la population se mit à posséder des terriers comme le clergé, puis de simples bourgeois et des notaires qui les ont achetés à leur propriétaire d’origine.

En plus de ces droits fonciers qui ne concernaient que les propriétaires des terres, il y avait les droits personnels qui touchaient toute la communauté. Avec des variantes locales, ces droits comprenaient principalement la banalité du vin, du four et du moulin, la leyde du marché dans les bourgs, le vingtain, la corvée à bête et à bras, et enfin, un droit nommé avenage ou civerage que le seigneur prélevait sur chacun de ces sujets, en tant que tel. Ce droit était stipulé en argent ou en nature comme des animaux ou des céréales.

Enfin, et pour achever d’asservir complètement les paysans, ces derniers devaient payer les charges locales plus les impôts ecclésiastiques qu’était la dîme. Plus les ans passaient et plus les conflits existaient entre les communautés, le clergé et les seigneurs.

La lecture des comptes de recettes des seigneurs des environs et particulièrement de ceux du seigneur de Moidieu où étaient enregistraient les paiements des cens, lods, rentes et servis annuellement dus au dit seigneur par nos malheureux ancêtres, nous montre ceux-ci payant de plus en plus difficilement ces dîmes et ceci de manière de plus en plus criante à partir de 1770.

Mendiants et brigands

A la veille de la révolution, beaucoup de pays d'Europe étaient en guerre, si bien que les routes maritimes utilisées pour faire du commerce étaient devenues dangereuses, ce qui eut pour conséquence une baisse croissante des exportations de produits français. L'économie française était dans un état catastrophique. Le chômage était en hausse et les gens affamés. Les moissons étaient toujours plus maigres chaque année, et il n'y avait pas assez de gens pour travailler dans les champs. Les domestiques partaient pour éviter le service militaire, et pour s'échapper à la cruauté de leurs patrons. Les gens commençaient à mendier leur nourriture. Au printemps 1789, près d'un dixième de la population était réduit à la mendicité.

Les mendiants voyageaient à l'intérieur du pays d'un terrain agricole à un autre, pour chercher de la nourriture. Certains propriétaires les aidaient en leur donnant un peu de travail et quoi manger. Ils le faisaient pour des raisons charitables, mais aussi par peur que les mendiants ne reviennent le soir pour voler leur moisson et peut-être blesser les fermiers. D'autres fermiers refusèrent cette aide et renvoyaient les pauvres plus loin.

Les mendiants voyageaient en groupes pour être plus forts. Ils allaient trouver les gens dans leur maison à toutes heures du jour et de la nuit, à un tel point que les fermiers commencèrent à créer des milices pour protéger leurs terres et leurs biens.

La Grande Peur

Un phénomène né de la rumeur

Le chaos de la révolution et la misère d’une partie de la population, complété par des rumeurs de plus en plus folles, furent les bases d’un des moments forts de cette époque qui fut la grande peur.

Ce fut un mouvement populaire qui a lieu en France du 20 juillet au 4 août 1789 (du 27 juillet au 4 août dans le Nord Isère).

Il trouva son origine en province en raison des rumeurs de complot aristocratique et de l'émotion provoquée chez les paysans par les nouvelles en provenance de Paris. Le bruit se répandit que des brigands étaient recrutés par l’aristocratie pour parcourir les campagnes afin couper les blés vert et anéantir la récolte. C'était l'idée du "complot aristocratique".

De plus le peuple pensait que les propriétaires nobles accaparaient les grains pour les vendre au plus haut prix au moment de la soudure. La peur des brigands se répandit à peu près simultanément, six paniques éclatèrent

v      en Franche Comté, avec l'explosion d'une réserve de poudre au château de Quincey, près de Vesoul

v      en Champagne, où la poussière soulevée par un troupeau de moutons fut prise pour celle d'une troupe de soldats en marche 

v      dans le Beauvaisis

v      dans le Maine

v      dans la région de Nantes

dans celle de Ruffec où les moines mendiants furent pris pour des bandits.

Partout pillages, émeutes, attentats, incendies éclatèrent : à Marseille, à Lyon, à Grenoble, à Strasbourg, à Rennes, à Saint Malo, au Havre, à Dijon, mais aussi dans les bourgades et les villages campagnards. Les paysans s'armèrent et formèrent des milices pour se défendre contre les brigands, mais aussi pour investir les châteaux et les abbayes, emportant les grains et brûlant les archives.

La rumeur traversa le pays comme une traînée de poudre. Regardons un instant la manière dont la peur de Ruffec se répandit. Commencée le 28 juillet 1789, elle gagne vers le Nord, Civray et Châtellerault, vers l'Ouest Saintes, vers l'Est Confolens et Montluçon, et vers le Sud Angoulême, Limoges, Cahors, Brive le 30 juillet, Montauban le 31 juillet, Toulouse et Rodez le 1 août, Lombez le 2 août, Pamiers, Saint Girons, Saint Gaudens le 3 août, Foix et Tarbes le 5 août 350 kilomètres au sud de Ruffec.

Les paysans une fois armés, ne rencontrèrent pas de "brigands". Ils s'en prirent alors aux châteaux et réclamèrent, pour les brûler, les vieilles chartes sur lesquelles étaient inscrits les droits féodaux dont ils avaient demandé la suppression dans les cahiers de doléances.

Quand on leur résistait, ils allaient parfois jusqu'à incendier les vieilles demeures seigneuriales. Les insurgés se firent peur mutuellement et firent peur aux "aristocrates". Georges Lefebvre en décrit cinq courants dans son livre La Grande peur de 1789.

Il semble n'y avoir eu aucune concertation entre ces divers courants qui ne furent animés que par des causes et des buts communs. La Grande peur engendra une révolte armée anti-féodale. En brûlant les châteaux et en détruisant les terriers, les paysans envoyèrent à l'assemblée le symbole de leur souhait : la suppression de la féodalité. C'est pour mettre fin à cette révolte que l'assemblée nationale décréta l'abolition des privilèges le 4 août 1789.

Le rôle du tocsin

Les cloches sonnées pour alerter les gens dans le village, ou la ville, contribuèrent au souffle de la Grande Peur. Le tocsin, petite cloche avec un son cristallin et rapide était utilisé pour communiquer aux gens d'un village une information importante qu'ils avaient besoin de savoir.

Quand les gens entendaient ces cloches, ils venaient sur la place pour entendre le message. Par conséquent, ils ne savaient pas pourquoi les cloches sonnaient, avant d'être arrivés là. Le tocsin, généralement utilisé pour l’annonce des morts, des incendies ou des catastrophes, fut beaucoup utilisé pendant la Grande Peur, véhiculant cette peur dans l’esprit des paysans.



A suivre : La Grande Peur dans le Nord Dauphiné

Publié dans Histoire Locale

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Vincent 04/12/2006 17:03

Bonsoir,L'article est passionant surtout la partie sur la "grande peur".Je connaissais pas cet partie de l'histoire.Vivement la sortie de l'article suivant pour le Nord dauphiné spécifiquement.Cordialement,Vincent.