Diemoz : l'après Révolution - première partie -

Publié le par Sophie BOUDAREL

Après avoir découvert Diemoz sous la Révolution, nous allons nous attacher cette semaine à l'après Révolution.

Première Partie

La FIN DU château DE DIEMOZ

Nous retrouvons le château de Diémoz à la veille de la révolution française. Gabrielle de Musy, veuve dès le 8 juin 1762 de Pierre de Vallin , Seigneur de Rosset et de Hyères, était en 1789, Dame de Diémoz, en ce début de la révolution française. En fait, Madame de Vallin avait quitté le château depuis quelques années. Lorsque les révolutionnaires, dirigés par des habitants de Saint Georges d’Espéranche, arrivèrent dans la matinée du 29 juillet 1789, pendant la grande peur, il n’y avait plus rien à piller à l’exception des serrures, tout au plus.

Le dimanche 9 septembre 1792, le conseil général de la commune de Diémoz, réuni pour répondre aux instructions de « C » l’agent du district, déclare que : « le bruit public la (Gabrielle de Musy) dit émigrée et que les biens consistant en un château, (l’ancienne Maison Forte), un petit château (Château de Guenins) et quatre domaines, ces biens (étant émigrée) furent confisqués et vendus comme biens nationaux ». Le château, les terrains alentours furent acquis par le sieur Jean Baptiste Bicot, régisseur de Madame Vallin (Gabrielle de Musy). Tout porte à croire qu’il avait l’intention de les sauvegarder car il appartenait à une honorable et fidèle famille. Mais le château tomba peu à peu en ruines.

Madame Vallin n’avait laissé qu’une fille, Marie Gabrielle, mariée avec le Comte Louis de la Foype, frère aîné de ce général de Foype qui, renégat des traditions de sa race, commandait une division de l’armée de la convention au siège de Lyon. Il est probable que ce gendre se souciait fort peu d’une résidence délaissée par les Musy eux-mêmes avant que les troubles révolutionnaires eussent achevé de l’endommager.

Au début du 19ème siècle, la vieille Maison Forte de Diémoz, abandonnée à tous les vents, servait de théâtre aux jeux des enfants du pays et d’abri nocturne aux passants. Ces restes appartenaient en 1810 à un sieur Laurent Noir. Nous ne possédons aucun document iconographique de cet ancien château. Seuls les plans cadastraux dressés en 1807, nous indiquent sous une faible échelle ses contours et son emplacement.

 C’est en 1833 que Jacques Maximilien Reverchon, un peintre de l’école lyonnaise acheta les ruines et les terres. Il fit raser de fond en comble, y employant même la mine, tout ce qui restait debout de l’ancien donjon. Il édifia sur cet emplacement une bâtisse sans caractère au goût de l’époque. Elle devait être sans doute dans son esprit, destinée à un essai de phalanstère (communauté agricole), car le nouvel acquéreur était un fervent adepte des doctrines Saint Simoniennes. Il reste du château primitif une cave voûtée et une port dans la première terrasse la faisant communiquer avec la deuxième.

 

Aujourd’hui, sur les ruines du château, a été bâti la maison de repos « La maison sous les pins », à l’initiative du Comte de Piellat.

Diemoz du 18ème siècle à nos jours

L’après révolution

 

Les institutions ont évoluées et les conseils municipaux ont été créés.

Le premier conseil municipal de Diémoz comprenait

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Rozier

Henri Nèple

Laurent Noir

Claude Chaboud

Claude Clapisson

Antoine Beloud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1793, la convention, par la voix de Collet d’Herbois, Fouché et Albitte, décrète que

v      Tous les citoyens informes, vieillards, orphelins, indigents seront nourris, logés et vêtus aux dépens des riches de leurs cantons respectifs ;

v      Les signes de la misère seront anéantis, une taxe révolutionnaire sera levée sur les riches propriétaires proportionnellement à leur fortune et à leur incivisme ;

v      La richesse et la pauvreté devant également disparaître du régime de l’égalité, il ne sera plus composé un pain de fleur de farine pour le riche et un pain de son pour le pauvre, tous les boulangers seront tenus, sous peine d’incarcération, de fabriquer une seule et bonne espèce de pain, le pain de l’égalité.

 

En 1795, le conseil général de Saint Georges d’Espéranche déclare que l’émigré Levis, l’ancien Comte de Lévis, seigneur de Saint Georges, dont le château brûla le 30 juillet 1789, possède dans la plaine de Chanoz : 3702 bichées et 3 coupes dans la forêt où il se trouve 10 domaines bâtis, plus un pré de 94 journaux, 1 bois de 844 journaux, 4 coupes en vigne. Le tout pouvait produire 30 000 livres. Les 10 domaines de Chanoz sont mis sous séquestres, ils étaient occupés par : Genin, Claude Blanc, Benoît Vernay, Jacques Clopin, Jean Ferrand, Claude Guyot, Joachin Faure.

Le 19ème siècle

En 1814, de fin mars à début juin, l’armée Austro Sarde occupe la région. En avril, un poste autrichien est établi à Triévoz Gillet, chez Michel Ravet. Le commandant autrichien, logé à Diémoz, reçoit du maire de Saint Georges, le 4 mai, 2 quintaux et demi de foin pour le fourrier Viloz. Le 20 mai, le commandant demande à nouveau au magasin de Saint Georges 18 rations de paille, 8 à 12 d’avoine, 14 de foin, du cuir pour semelles, pain et denrées alimentaires. La livraison devait être faite de suite ou il serait envoyé un peloton en exécution. Saint Georges répond qu’il n’y a plus rien en magasin. Diémoz fait savoir qu’il va envoyer les troupes stationner chez eux à Saint Georges. Mais Saint Georges répond qu’ils sont remplis de soldats et ne peut plus en loger, ni fournir de denrées.

De mi juillet à fin novembre 1815, ce sont des troupes piémontaises qui occupent la région à leur tour.

En 1816, sous le règne de Louis XVIII, ces réquisitions furent réglées par le gouvernement.

 

En 1829, le général Lafayette passe à Diémoz en se rendant à Vienne.

 

En 1833, la garde nationale comprenait trois centres : voltigeurs, chasseurs et grenadiers. L’effectif de Diémoz étaient  de 4 officiers, 8 sous officiers, 10 caporaux et 50 fusiliers.

 

En 1871, pendant la guerre contre les prussiens, plusieurs enfants de Diémoz périrent. Les actes paroissiaux cite plusieurs personnes.

François Fournier, meurt à l’âge de 22 ans à l’hôpital militaire de Magdebourg en Allemagne. Soldat de la 35ème compagnie de prisonnier de guerre, venant du 54ème régiment d’infanterie française, il entre à l’hôpital auxiliaire, hangar n°5 le 18 janvier 1871 et y meurt le 26 de la dysenterie.

Joseph Ollier, meurt à l’âge de 25 ans le 5 janvier 1871, de la fièvre typhoïde à l’hôpital militaire de Tour. Il était soldat aux « Mobiles de l’Isère ».

Joseph Beloud, meurt à l’âge de 21 ans, le 1er juillet 1871, d’une fièvre purulente, à l’hôpital militaire de Clichy, à Paris. Il était soldat au 4ème régiment d’infanterie provisoire.

La première guerre mondiale

La première guerre a laissé des traces dans le village comme dans la plus part des villages de France. Ils avaient dit que ce serait la der des der, en 18, nos anciens, du moins ceux qui sont revenus de l’enfer. Le 11 novembre 1918, Diémoz pleure ses morts, Deluzurieux, Clapisson et les autres, 22 enfants du pays tombés au champ d’honneur. Ce devait être la dernière.

Le Monument aux Morts avant la construction de la Mairie

Le Monument aux Morts le 11 novembre 2006 (il est à noter que Chaque année, les enfants des écoles participent aux cérémonies du 11 novembre sous la direction de leurs institutrices et instituteurs)

La deuxième guerre mondiale

La seconde guerre mondiale a affecté notre village comme beaucoup d’autres en France. Il existe différents écrits et j’en citerai trois en particuliers qui illustrent bien cette époque difficile.

Le premier document est un questionnaire qui a été envoyé dans toutes les communes à la fin de la guerre pour connaître les conditions dans lesquelles se sont déroulées les années de conflit. Pour Diémoz, ce questionnaire a été rempli par Monsieur Virer, instituteur et secrétaire de mairie.

Sa lecture nous apprend que le village a été occupé en 1943 par un groupe d’une trentaine de douaniers allemands. Les rapports avec la population semblent avoir été assez lointain (sauf 2 filles du village, ajoute l’instituteur) et aucun acte malveillant n’a été perpétré sur la population. La collaboration des villageois a été faible. Le sentiment général était anti-allemand avec des actes de résistance de base (distributions de tracts, tentatives d’empoisonnement des chiens des allemands, réunion clandestine de résistants). En août 1944, des arbres ont été abattus sur les routes ainsi que des poteaux téléphonique pour bloquer les allemands.

Durant cette occupation, il n’y a pas eu de représailles dans le village. Le 19 août 1944, un diémois a été fusillé à Lyon lors des massacres de Montluc, assassinat sans rapport avec le village.

8 soldats de Diémoz ont été capturés en mai et juin 1940. 1 s’est évadé, 5 ont été libérés en avril et mai 1945. Lors de l’écriture du questionnaire, 2 n’étaient pas encore rentrés et le village était sans nouvelle.

4 jeunes de la commune ont dû partir en STO (Service de Travail Obligatoire). Tous les autres appelés ont été réfractaires et ont refusé de partir. Il n’y a eu aucun volontaire dans le village. Dès mars 1943, 10 jeunes ont rejoint le maquis du Vercors et ont participé avec ces derniers aux combats de fin août 1944 à Diémoz (voir ci après).Tous d’origine paysanne, 6 appartenaient au Parti Communiste de l’Isère, les 4 autres étaient sans opinions politiques, tous venaient de l’école laïque.

Il n’y a pas eu, sur la commune, de maquis de résistance en tant que tel malgré la présence d’un poste émetteur récepteur (Voir deuxième document). Les résistants diémois étaient rattachés principalement au maquis de Chantonnay ou aux mouvements de résistance lyonnais. Par contre, la population a aidé les maquis locaux en fournissant des vivres malgré les enquêtes des gendarmes. De plus, dès 1940, il a accueilli des réfugiés dont certains n’ont pas voulu quitter la région à la fin des hostilités.

Le village ne compte aucun déporté.

Tout d’abord, le 20 mai 1944, un avion américain, venant d’Angleterre pour aller bombarder Turin en Italie, a dû, pour une raison inconnue, lâcher ses 7 bombes qui sont tombées dans les environs du village. Elles ont principalement touchées le marais des étangs et les champs alentours. La population a été très impressionnée mais le jour même, l’avenue Berthelot était bombardée à Lyon et le bruit arrivait jusqu’au village (bombardement, vol d’avion, tir de batteries anti-aériennes).

 

Le deuxième document est un rapport, toujours écrit le 26 août 1945 par Monsieur Virer, l’instituteur de Diémoz sur l’installation d’un poste émetteur, récepteur clandestin. Ce rapport contient la déclaration de Monsieur Daniel Roussillon, né à Diémoz le 27 juillet 1905, domicilié à cette époque 51, rue Mariéton à Lyon. Il est transcrit ici, dans son intégralité.

« En août 1942, je (Daniel Roussillon) suis contacté par Pierre Delaye, capitaine de l’A.S., prisonnier de guerre, évadé d’Allemagne par la Russie et ayant rejoint l’Angleterre pour être ensuite parachuté en France. Pour nous, il s’appelle ‘’Var’’ mais il a une dizaine de pseudonyme tellement est grande son activité. Je crée avec Delaye et un ami, Ferdinand Grangean, (280 rue Garibaldi à Lyon), un noyau de résistance. Des postes émetteurs et récepteurs sont parachutés à Marchand (Rhône). Nous décidons d’en installer un à Diémoz chez mon père, Vincent Rousillon. Il est transporté par le train jusqu’à Lyon, puis Grangean et moi, nous le transportons à bicyclette jusqu’à Diémoz où nous l’installons dans la grange de mon père. Nous camouflons l’antenne intérieure le long d’une poutre.

Les émissions et réceptions sont faites tantôt aux uns, tantôt aux autres de nos postes. En effet, les services de détections allemands sont très bien organisés. Ce piéton inoffensif, cette voiture ambulance, ce motocycliste, ce char à bancs ont peut-être sur eux des appareils de détection. A Diémoz, une camionnette allemande vint très souvent avec  un appareil récepteur à cadre mobile et ne découvrit rien.. Les émissions sont faites par Pierre Delaye et faites en contact direct avec Londres. Delaye venait à Diémoz très précautionneusement et personne ne décela quoi que ce fut de suspect. Delaye est tué par la Gestapo au pont de Loyettes (Ain) le 11 mai 1943.

‘’Marne’’ prend sa place. Il est arrêté à Paris en 1944 et fusillé avec de nombreux camarades. ‘’Dordogne’’, actuellement officier aviateur à Toulouse continue le travail jusqu’à la libération. »

Daniel Roussillon fut blessé le 1er septembre 1944 à Tassin la Demi-lune. Le poste fut rendu au groupe Phalanx, groupe des héros de cette petite histoire.

Pierre DELAYE

Pour information, le réseau Phalanx fut créé en 1942 par Christian Pineau à la demande du Bureau Central de Renseignement et d’Action à Londres. Il est implanté en zone sud (Lyon, Clermont, Toulouse), et est chargé du renseignement politique et économique.  Christian Pineau l’a dirigé sous le pseudonyme de ‘’Francis’’. Il fut très recherché par les Allemands mais n'a jamais été reconnu, même lors de son arrestation. Il avait alors ses papiers au nom de GRIMAUD, nom qu'il a gardé jusqu'à la libération de Buchenwald où il a été déporté par la suite.

Le troisième document est formé de deux récits de l’événement le plus important qui a eut lieu les 29 et 30 août 1944 à la ferme Drevon. Ces deux récits sont très riches d’enseignement car vus de chaque côté des protagonistes. Le premier, mis en forme par A. Chaboud, est le récit des membres de la famille Drevon ayant vécu ces moments terribles et particulièrement Georges et Alexandrine (« Orage sur la ferme Drevon »). Le second est tiré du livre de A. Darier (« Tu prendras les armes ») qui décrit les mouvements de la résistance dans le Nord Isère après l’attaque du Vercors par les Allemand. Pour connaître tous les détails de ces deux journées, le lecteur voudra bien se référer à ces deux ouvrages.

Le 29 août, vers 13 heures, un groupe de résistants placés au carrefour des quatre routes ouvrent le feu sur un camion faisant parti d’un convoi de trois. Le premier camion fait demi tour et rejoint les deux autres. Le convoi repart en marche arrière en direction du carrefour de Lafayette, en ayant capturé deux maquisards et la jeune Lucette Buttin. Au bruit de la fusillade, les maquis de Diémoz et de Saint Georges prennent position sur la crête, vers le chemin des Bresses.

Les soldats allemands décident alors de pénétrer dans la ferme Drevon pour se protéger. Ils prennent ainsi la famille de Anaïs et Louis en otage. Ainsi et pendant 2 jours, 90 soldats et 8 membres de la famille vont partager la peur dans les bâtiments de la ferme, les uns de se faire tuer par les maquisards, les autres par les allemands. Dans la nuit, deux soldats arrivent à quitter la ferme pour rejoindre Vienne pour chercher des renforts. Dans le même temps, des pourparlers s’engagent entre le chef des résistants et le commandant de la colonne et débouchent sur un accord. Les assaillants laissent partir le convoi vers Vienne et les allemands laissent les otages en vie.

Dès les premières heures du 30 août, des camions chargés de SS arrivent de Vienne et investissent le carrefour de Lafayette et mettent le feu à l’auberge, à un bâtiment agricole de monsieur Sermet et à une petite maison sur la D53 qui monte vers Saint Georges. Un des camions rejoint la ferme et les otages sont sortis et alignés contre le mur. Après une longue discussion entre les soldats et les SS, les allemands remontent dans les camions emportant leurs morts et leurs blessés et vers 13 heures 30, et repartent sans encombre vers Vienne, laissant en vie les otages.

Couverture du récit de A.CHABOUD


Diémoz et l’Europe

C’est le 22 août 1971 que le serment de jumelage est signé entre les communes de Castelnuovo Belbo et Diémoz. Castelnuovo Belbo est situé près de Turin dans la région d’Asti. C’est une commune essentiellement viticole comptant 1003 habitants en 1971.

Le comité de Jumelage a organisé en 1991, la réception à Castelnuovo Belbo pour le 20ème anniversaire et en 1992, à Diémoz. Un nouvel échange a eu lieu le 2 août 2003 à Castelnuovo Belbo.

Le 20ème siècle

Le 20ème siècle et principalement la deuxième moitié a vu une forte évolution du village.

Les travaux du TGV sud-est ont débuté en 1989 pour voir les premières rames rouler en 1993, coupant la commune en deux au niveau de Notre Dame de Lestras. Les travaux ont entraîné 5 années de remembrement (de 1989 à 1994).

Les travaux du TGV en 1990


Publié dans Histoire Locale

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