Diémoz : Terre de Vie

Publié le par Sophie BOUDAREL

Après avoir conclu sur la place de Diémoz dans l'histoire avec l'après Révolution, nous allons retracer dans les épisodes suivants, la vie quotidienne à Diémoz.

Diémoz : Terre de vie

Depuis toujours, Diémoz a eu de nombreuses activités. Si l’agriculture fut la plus importante, et l’est encore, l’industrie a petit à petit fait son nid en s’introduisant dans la vie du village et des environs.

Il existe de nombreux textes faisant allusion à la vie quotidienne à Diémoz. Ce chapitre est une restitution de ces textes soit par chronologie, soit par thème, avec une analyse socio économique plus fine lorsque cela est possible.

 

Diémoz après 1945

Diemoz : Terre de culture

Introduction

Tout le Viennois a toujours été un lieu agricole, depuis la nuit des temps. Les premiers promoteurs furent les romains qui introduisirent la vigne et certains arbres fruitiers. Jusqu’à encore récemment, ces cultures existaient en nombre à Diémoz et dans les communes proches. Mais les nouvelles réglementations, les AOC et autres directives européennes les ont fait disparaître pour ne devenir que des souvenirs.

 

Les exploitations agricoles

Les exploitations agricoles étaient la base de l'économie médiévale : c'est autour de ces fermes que les paysans se sont regroupés, constituant ainsi un hameau qui deviendra par la suite une paroisse.

Moyennant certaines redevances, les paysans exploitaient dès le 11ème siècle, dans le Nord Isère, la terre. Elle appartenait selon le cas au seigneur laïc ou à des ecclésiastiques, comme le monastère de Bonnevaux et est tenue en fief par des nobles comme les Seigneurs de Diémoz. Les paysans sont des hommes libres et le servage ne semble pas avoir existé dans la région, le terme servus ne figurant jamais dans les textes.

On distinguait trois types d'exploitation rurale par ordre décroissant de taille : le mas, la cabannerie et la borderie.

          • Le mas comprenait une ou plusieurs habitations pour les tenanciers, des prés et des champs labourables. Selon les lieux, il avait ses noyers et ses vignes. On y élevait du bétail, surtout des porcs et des brebis. Pour assurer l'élevage du bétail, des terres incultes étaient associées au mas que le tenancier pouvait défricher à son gré et des bois. Les mas avaient le plus souvent des limites naturelles. Leurs tailles étaient variables : de 40 à 137 stérées.

          • Les cabanneries et les borderies étaient moins étendues et moins chargées que les mas. On constate le plus souvent qu'un mas valait deux cabanneries et quatre borderies.

La vigne

La vigne fut un des principaux apports de la paix romaine. Ces derniers ont bien vite remarqué l’exceptionnel climat de la vallée du Rhône, au sud et à l’est de Vienne. Très vite, les collines se sont recouvertes de vignes dont certaines sont encore célèbres de nos jours comme le Cornas, le Saint Joseph, le Condrieu, le Côte rôtie et plus bas, le Saint Peray, l’Hermitage et le Croze Hermitage. Mais, à l’époque romaine et dans les siècles qui ont suivi, la vigne existait partout dans les vallées des environs de Diémoz. Elle était source de revenu et monnaie d’échange.

Il suffit de lire les différentes allusions dans le « Regeste Dauphinois » pour s’en rendre compte. J’ai volontairement limité le nombre de références en privilégiant celles qui donnent des indications sur la vie quotidienne des gens de l’époque.

 

  • Le 25 avril 907, à Jardin, le prêtre Erlenus donne à l’église de Saint Maurice de Vienne, dont Alexandre est archevêque, une vigne sise à Jardin qu’il avait acquise de la sœur du prêtre Adalbert. Il se réserve l’usufruit sous l’investiture annuelle d’un muid de vin. (RD n°995). 
  •  En mai 910, Maindran vigneron à Moidieu et sa femme Sufiane vendent à Maurzel et son épouse Orsaldis, un jardin et une vigne au lieu dit Bossieu dans la villa[1] de Moidieu. (RD n°1008). 
  • En 925, Gellion et sa femme Ermenna vendent à Abbon et à son épouse Madrone, juifs, une vigne à Amballon pour le prix de 15 sols.
  • En 927, à Saint Just Chaleyssin, le diacre Elias, pour le salut de son âme et en vue de la récompense éternelle, donne à l’église dédiée à Saint André et Saint Maxime à Vienne, une vigne sise à Chaleyssin dans l’ager de Saint Just. S’il y a contestation, elle reviendra au père Elie Bernard. (RD n°1078).
  • Le 20 juin 982 à Moidieu, Bernard et sa femme Marie albergent à David et son épouse Rainelde une vigne au lieu dit Bossieu  dans l’ager de Moidieu pour 12 sols et le cens de 3 muids de vin doux par an. L’argent devra être versé en monnaie au mois de mai. (RD n°1418).

  • En avril 994, à Moidieu, Wido et sa femme Eldela donnent à l’église de Saint André le Bas une vigne au lieu dit Mairieu dans l’ager de Moidieu, près de la voie antique qui traverse ce vignoble. La donation aura effet après la mort des deux époux. (RD n°1469).

  • En 1052, à Septème, Boson Sudat donne à la confrérie de Saint Symphorien de Septème, une vigne dont le revenu sera employé à bâtir un prieuré au lieu dit de Septème. (Cartulaire de Saint André le Bas, 156).
  • En 1180, Pierre Imbert et son beau-frère Mallen Garin, vignerons à Moidieu, donnent au monastère de Bonnevaux plusieurs vignes et jardins situés au dit lieu de Moidieu. Le prieur Jean rédige l’acte de donation. (RD n°4681).

  • Le 17 septembre 1347, le crieur public de Moidieu atteste portant qu’il a publié sans succès à plusieurs reprises, la mise en adjudication du ban de vin de Moidieu pour le mois de mai, et qu’il n’a trouvé aucun adjudicataire en raison de la dureté des temps et de la mauvaise qualité du vin due à l’insuffisance de maturité de la vendange causée par des pluies incessantes d’août et de septembre 1346 et du grand froid qui suivi. (AD Isère B 4486).
  • Attendu l’extrême rareté du vin causé par les gelées du mois de mai 1549, un jugement du parlement du Dauphiné daté du 4 juillet 1550, défendit aux habitants de Vienne et de ses environs d’aller en boire dans les cabarets sous peine du fouet. (AD Isère B B 18).
  • Le 3 novembre 1565, un arrêt du parlement du Dauphiné fit défense aux habitants de tout le Viennois de prendre des raisins dans les vignes, des fruits dans les vergers et jardins, des fagots et branches dans les bois sous peine pour la première fois du fouet, pour la deuxième fois des galères pour 10 ans et pour la troisième fois du dernier supplice. (Archives de la ville de Vienne f° 594)
  • L’historien Ollivet signale en 1752 que les vendanges ont été si belles que depuis 1720, il ne s’était vu tant de vin. Il y eut beaucoup de gens qui furent obligés de sonder leurs cuves en sorte que pour le vin rouge, le grand prix est de dix liards deux sols le pot, le vin blanc le grand prix de six liards un sol le pot.
Diémoz possédait aussi ses vignes, dans la plaine et sur les collines. Dans la donation de Yves, Abbé de Saint Pierre aux frères de Bonnevaux en 1169, il est fait mention d’une vigne dans le vallon de Comberousse.
Il existe un quartier de Diémoz qui s’appelait les grandes vignes. Il se situait au pied de la maison de repos, côté Ouest.


  • [1] On peut noter, presque mille ans après les romains, la trace des villas comme regroupement de maison en une propriété.
Diémoz - La quartier des grandes vignes
Aujourd’hui, la vigne est encore cultivée à Diémoz mais principalement pour le plaisir. Les anciens font du vin, après les vendanges qui sont l’occasion de faire la fête en famille.

Diémoz vu des vignes de Ponas

Les céréales

Paysans dauphinois

Le sol de la plaine de la Véga était suffisamment riche pour la culture des céréales en plus de la vigne. Dès les 11ème et 12ème siècles, on trouve des traces de cultures de céréales dans les écrits.

Les propriétés étaient très morcelées car les actes de vente fourmillent de lots minuscules. Les tenures étaient assez stables pour que le paysan s'imagine propriétaire. Les chartes locales indique que les héritages se transmettaient de père en fils sans droit de succession.

Le froment était une des bases de l'économie de la région. Sa valeur était supérieure aux autres denrées (quatre fois plus que l'orge et six fois et demie plus que l'avoine en 1364). Sa culture était aussi pratiquée sur le sommet des collines à cette époque.

L'orge était assez rare si on en juge par les redevances. Le seigle ne parait pas dans les textes des 14ème et 15ème siècles mais cela ne veut pas dire qu'il n'existait pas dans le pays. Il faut en effet tenir compte de l'indécision qui régnait dans les appellations de céréales et, certains comptes de châtellenie nous en avertissent, on convertissait souvent une redevance en une autre, probablement pour simplifier les calculs.

L'orge et le seigle, surtout ce dernier, étaient des cultures négligées. Par contre, l'avoine était fort répandue. Elle était cultivée partout et surtout destinée à l'alimentation des chevaux.

L’élevage

Plus encore que l'agriculture, le mandement était favorisé pour l'élevage. Volaille et bétail était abondants et variés.

La volaille

C'était une ressource supplémentaire et un luxe car lorsque le Dauphin passait dans le viennois, on lui servait régulièrement des poules et des poulets. La charte de franchise prévoit que le châtelain ne peut prendre de force des poules chez l'habitant pour les offrir au Dauphin sans les payer le jour même. Pourtant, la volaille était secondaire à côté du bétail.

Les porcs

Les porcs constituaient la richesse la plus originale du mandement de Saint Georges grâce à la belle futaie de chênes de la forêt de Chanoz et aux glands qui s'y trouvaient. On entretenait les porcs à l'étable pendant une partie de l'année puis on les menait à la forêt au moment des glands pour les engraisser. De 1353 à 1356, les guerres entraînent un manque de glands. Cet élevage périclita avec la fin de la forêt de Chanoz.

Les bovins

L'élevage bovin était important dans la plaine. Plus que pour le lait, les vaches étaient utilisées comme bêtes de somme pour le labourage ou pour tirer de lourds chargements. Les bovins étaient utilisés également en boucherie. Contrairement à d’autres parties du Dauphiné, le bétail n’était pas mené sur les pâturages de l'Alpe et restait dans la plaine.

Les moutons

Moutons et brebis étaient les plus nombreux comme le montre l'importance des redevances en nature perçues par le Dauphin en fromage de brebis. Ces troupeaux ne passaient pas l'hiver sur le mandement mais transhumaient depuis le Viennois.

 

Exemple de prix

Exemple de prix le 11 novembre 1752 dans le bas Dauphiné

Le cent d’œufs                                 2 livres              10 sols

Le beurre cuit                                   0 livre               7 sols               6 deniers

Le beurre frais                                  0 livre               6 sols

Le quintal de truffes                          2 livres

Le quintal de chanvre                        26 livres

Le quintal de noyaux                        12 livres

Le quintal de foin                              1 livre               10 sols

La livre de chandelle                         0 livre               7 sols               6 deniers


Diémoz : Terre de bois

Si vous vous promenez dans la vallée de la Véga, vous ne  voyez que champs cultivés à perte de vue avec çà et là, quelques bouquets d’arbres ombrageant quelques maisons. Seules les collines ont encore de la forêt. Mais cela n’a pas été toujours le cas.

Dans les temps anciens, les bois envahissaient tout l’espace vallonné de la région. Seuls certaines parties des vallées et quelques flans de coteaux étaient en culture.

Plusieurs documents font référence à la forêt de Chanoz ou Chanos qui était en bordure de Diémoz, en direction d’Heyrieux. Elle couvrait toute la plaine de Lafayette. Cette forêt aurait été en grande partie défrichée sous Henri IV pour alimenter les chantiers navals du royaume. La carte ci-après est une estimation de l’emplacement que devait couvrir cette forêt.

Si l’on se réfère aux travaux de André Plank sur l’origine des noms des communes du département de l’Isère, Chanoz, comme la commune de Chanas, pourrait venir du celte CASSANOS, désignant le chêne. En effet, cet arbre est effectivement présent sur le territoire de la commune.

 

Estimation de la position de la forêt de Chanoz

A nouveau dans la donation de Yves, Abbé de Saint Pierre aux frères de Bonnevaux en 1169, il est fait mention du bois de Diémoz qui entourait une partie du village.

 

 

Le bois, comme la vigne, était source de revenu pour de nombreuses familles des environs ainsi que pour les abbayes de Bonnevaux et de Vienne.

  • En 978, à Estrablin, Adelin cède à l’abbé Aymoin de Saint André le bas un  bois avec champs attenants situé au lieu dit la Plaine dans l’ager d’Estrablin. La cession est faite pour 5 sols. (RD n°1399).

  • Le 21 mars 1265, Hugues Caillaz et sa femme Bosone, habitants de Diémoz, vendent à Philippe de Savoie, archevêque de Lyon et seigneur de Saint Georges d’Espéranche, un bois situé dans la forêt de Chanos, près du chemin de Diémoz à Heyrieux. (RD n°10245).

  • Le 23 mai 1684, l’illustre dame Elisabeth de Villard, abbesse du monastère de Saint André le haut à Vienne, alberge à François Valencin, laboureur habitant à Estrablin,mandement de Beauvoir de Marc, un  bois situé au terroir de Guettières sur la paroisse de Moidieu, d’une contenance d’environ dix couperées et joignant la terre de Jean Roche du matin, le ruisseau de la combe Aurieux du soir, la vigne de Michel Rambourg du vent et le bois des héritiers de Fleury Bouchon de bise. Cet albergement est passé moyennant la pension annuelle d’une livre quinze sols, payable à chaque fête de Toussaint. (AD Isère 1 H 141).

Il est intéressant de noter dans ce dernier extrait, la manière dont les points cardinaux sont désignés sous des termes descriptifs (matin, soir, vent et bise).

C’est en 1938 que la plaine de Chanoz, qui dépendait de Saint Georges, fut rattachée à Diémoz.

Diémoz : Terre d’eaux

La région de Diémoz est comme toute la région, très imprégnée par l’eau avec des rivières souterraines, mais aussi de nombreux étangs

De nombreux lieux-dits des environs ont été inspirés par l’eau. Cœur d’eau, les Sétives, Pissevache (de Pissa : source et Vecchia : vieille), Blétenay (terre blette, mouillée), le Crapot, la Combe, les Fontaines, les Mollies, etc.

Les lieux-dits inspirés par l'eau


Mais tous les habitants n’avaient pas accès à l’eau directement. C’est immédiatement après la guerre, que le Conseil Municipal de Diémoz décida le 4 mars 1945, à l’unanimité de faire étudier les possibilités d’une distribution d’eau à tous les habitants. Inscription fut prise immédiatement au plan de rééquipement national. L’étude géologique faites quelques temps après par monsieur Galiand du Génie Rural, décela au lieu dit « le brachet » un passage important du précieux liquide à une faible profondeur. Cet emplacement avait en outre l’avantage précieux de se situer à quelques centaines de mètres du point le plus élevé de la région.

Après un premier essai de sondage, un matériel important se révéla indispensable. Un premier puits fut foré, mais des fautes d’exécution le rendit inutilisable. Un forage de prudence est alors demandé avec contrôle de débit pendant 36 heures consécutives. Il donna alors 500 litres minutes environ dans un petit puits de 0,5 mètres de diamètre. Cela laisser espérer sans être optimiste, mais de l’avis même des techniciens, 1000 litres minutes dans un puits normal.

La consommation de Diémoz prévue en 1956, est de 200 à 250 litres minutes environ. C’est la possibilité d’extension aux hameaux voisins que proposa alors le maire de l’époque, monsieur Touchant, offrant bien volontiers cette manne, étant de ceux qui pensaient que le progrès ne doit se heurter à aucune barrière.

Le puits définitif est commencé en 1955 et fut opérationnel fin janvier 1956. Le projet était au point et la mairie œuvra pour que l’administration supérieure comprenne l’ardent désir d’hygiène et de bien être des habitants de la commune ainsi que les besoins des exploitations agricoles déjà menacés par d’autres périls.

Un emprunt fut lancé auprès des habitants pour l’installation du réseau d’eau potable à partir du captage du Brachet.

L’EAU Coulera Bientôt à Diémoz

                        Partout, Chez Tous

                                           Chez le Pauvre comme chez le Riche

 

                                           SOUSCRIVEZ …

                                           Pour le Conseil Municipal

                                           Le Maire, R, Touchant


En 1957, tous les habitants de la commune ont l’eau courante chez eux. Cet aménagement fondamental relança fortement la construction de nouvelles habitations et l’arrivée de nouveaux habitants.

Diémoz : Terre de mines

La région de Diémoz a été pendant longtemps exploitée pour les minerais que son sol possédait.

Dans son histoire du Dauphiné terminée en 1661, le célèbre historien Viennois Nicols Chorier (1612-1692) signale qu’il existait autrefois des mines d’or à Septème dans une forêt appelée Orfoille.



A suivre : Diémoz : Terre de Mort

Publié dans Histoire Locale

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