Diémoz : Terre de Mort

Publié le par Sophie BOUDAREL

2ème chapitre de la vie quotidienne à Diémoz. Après avoir découvert que ce village au travers de ses cultures, de ses vignes était une terre de vie, nous allons voir qu'il s'agit aussi d'une terre de mort.

Diémoz terre de Mort

 

Contrairement à aujourd’hui où tout le confort moderne est accessible à tous les habitants de Diémoz, même ceux qui habitent le plus loin, la vie dans les mille dernières années n’était pas rose tous les jours. En plus des luttes guerrières entre les hommes, des invasions des uns et des autres, la nature ajoutait à son lot de désolation, donnant à certains comme Stendhal, une image sinistre de la région.


Diemoz et les loups

Les loups

Les bois de Diémoz et des environs, propriétés des seigneurs des différents fiefs de la région, étaient vastes et touffus et infestés de loups et d’autres animaux dangereux.

La carte de Cassinième siècle, la forêt était très étendue dans le viennois, couvrant toutes les hauteurs, les combes et descendant largement dans les plaines. Les loups y avaient leurs repaires. montre qu’au milieu du 18

Les habitants étaient tellement terrorisés par les enlèvements de bergers, de femmes et d’enfants, qu’ils n’osaient plus aller dans les bois pour faire paître les animaux.

De plus, ils étaient incapables de décrire avec justesse, les monstres, lorsqu’ils les voyaient. Les habitants demandèrent aux autorités d’intervenir.

Sur la commune de Diémoz, il en reste encore des traces dans les appellations des lieux-dits.

Sur la route de Vienne, au niveau du carrefour des quatre routes, il y a la grange du Loup.

Entre Diémoz et Comberousse, la vallée des étangs se nomme la combe du Loup. En fait, les loups furent présents dans la région jusqu’en 1850 et firent de très nombreuses victimes parmi la population aussi enfantines que adultes.

De nombreuses traces dans les registres paroissiaux parlent de l’enterrement de victimes des loups.

De plus, les conditions climatiques, la famine et les maladies ont fait prospérer les bandes de carnassiers, rendant la traversée des bois très dangereuses pour des gens seuls.

Les 27 et 28 juin 1636, sur la paroisse de Heyrieux et en même temps sur celle de Moidieu, une battue est organisée dans les immenses forêts des trois vallées (la Véga, l’Amballon et la Vésonne) pour détruire les bêtes féroces et en particulier les loups qui attaquaient les voyageurs, enlevaient les bestiaux et les enfants jusqu’à l’intérieur des villages. Mais le manque de fiabilité des armes à feu de l’époque fit que le résultat fut bien médiocre et ne supprima pas le fléau.

Le 26 juin 1748, enterrement dans le cimetière paroissial de Meyssiés, de la tête et de la jambe de Marie Bully, fillette de 2 ans, dévorée par un loup.

Durant les mois de juin, juillet, août, septembre et octobre 1754, les loups cerviers appelés vulgairement loups-garous, ont dévoré et mangé cent et dix personnes, tant filles que garçons, du côté de Vienne, entre autre à Chaponay, Lusinay, Jilins, Villette, Chaleyssin, Saint Pierre de Chandieu, Heyrieux, Diémoz et les villages voisins.

Le 18ème siècle vit une recrudescence de leurs attaques, auxquelles répondirent de grandes battues. Le comte de Marcieu, commandant de la province, ordonna ces battues, celle de septembre 1754 mobilisa plus de 2000 hommes des communautés autour de Vienne, Luzinay, Heyrieux et Diémoz.

Le 25 septembre 1755, Marie Berger, 6 ans a été tuée dans les bois du domaine de Sérézin à Saint Just Chaleyssin, appartenant au marquis François Vachon de Belmont, lieutenant général des armées royales et seigneur de Saint Just Chaleyssin, où elle fut trouvée par Barthélemy et  Pierre Brossard, François Genin, Pierre Goudon, Pierre Péaud partis à la poursuite des loups. Elle fut inhumée le même jour après le coucher du soleil par l’abbé Vallet, curé de Saint Just.

Le 31 juillet 1773, un loup traversant Moidieu attaqua Antoinette Villard 13 ans, fille de Jacques et Antoinette Villard, lui arracha le nez et la joue droite, la mordit aux cuisses et aux bras. La malheureuse mourut à l’hôpital de Vienne le 17 août. Le même loup, le même jour et au même endroit mordit Claude Boyet 7 ans, fils de François Boyet et d’Isabelle Villard, l’enfant décéda à l’hôpital de Vienne le 24 août.

D’autres exemples et récits courent à travers l’histoire du Viennois et du bas Dauphiné. A Primarette, au nord de Pommier de Beaurepaire, l’abbé Joseph Favre, curé de la paroisse, a décrit entre 1738 et 1764, date de sa mort, dans ses registres de catholicité, des attaques de loups. Primarette, comme Diémoz avant la destruction de la forêt de Chanoz, était proche d’un vaste plateau alors presque entièrement boisé. De plus, son habitat était très dispersé. Les victimes des loups étaient la plupart du temps des enfants.

Par exemple, l’année 1747 fut une année terrible. Le 7 juin, un garçon de treize ans est égorgé par un loup. Le mardi de Pentecôte, pendant les vêpres, un loup dévore un autre garçon de sept ans. Il s’agissait du fils de François Malarin. La bête prit l’enfant sur le pas de la porte de la ferme, sous les yeux de sa mère qui ne put jamais le lui arracher des dents (récit de l’abbé Favre). Le 24 octobre, un garçonnet de 5 ans est emporté à son tour. Le 11 octobre 1748, un loup emporta une fillette de deux ans et demi. Et la liste continue en 1751 et 1752.  

Au mois de Ventôse de l’an 3 (1796), une loi fut votée pour primer les chasseurs de loups. Une louve pleine rapportait 300 livres, un loup 200 livres et un louveteau 100 livres.

Avec le temps et la raréfaction des animaux, les primes diminuèrent.

La psychose

La présence constante de loups dans la région, et jusqu’à récemment, c’est à dire après la révolution française, a généré un phénomène dans l’esprit de la population, une véritable. Il s’agit des loups-garous.

Une étude très complète a été réalisée par Charles Joisten, un ethnologue Grenoblois né à Langres en 1936 et décédé à Grenoble en 1981. Entre les années 50 et 70, il analysa de nombreux documents et récits traitant des loups-garous, avec une emphase particulière sur le bas Dauphiné. Les résultats de ses travaux ainsi que les documents de références sont regroupés dans le numéro d’avril 1992 du monde Alpin et Rhodanien. Une synthèse limitée à notre région est faite ici pour bien comprendre le rôle des loups dans la vie sociale de la région et l’usage qu’en faisaient certaines personnes.

En fait, l’assimilation des loups à des créatures du diable et aux loups-garous s’est faite petit à petit dans la croyance populaire. Les forêts profondes du bas Dauphiné recelaient de nombreux animaux dont certains devaient être très impressionnants en taille et en poids. Comme de nombreux enlèvements d’enfants par les loups avaient lieu un peu partout, petit à petit, dans l’esprit de la population, ces derniers se transformaient en fléaux de Dieu, sur terre pour punir les hommes.

La première mention du loup garou apparaît dans les mémoires de Eustache Piémond, notaire royal à Saint Antoine de 1572 à 1608. C’est à partir de cette époque que la confusion entre le loup et le loup-garou apparaît dans les textes officiels. Pour preuve, dans les registres paroissiaux de Sainte Anne d’Estrablin, devenue aujourd’hui, Sainte Anne sur Gervonde, il est noté en 1673 le décès d’une fillette dévorée par un loup-garou pendant qu’elle gardait le bétail.

Mon propos n’est pas ici de faire une analyse complète du phénomène des loups-garous. Cependant, il est intéressant de noter que les dirigeants de l’époque, et de nombreux récits le prouvent 

savaient utiliser les loups pour intensifier la croyance populaire. Dans le bas Dauphiné, le loup-garou est au service du seigneur et du curé, dont il contribue à maintenir la domination, en confortant les habitants dans la crainte et l’obéissance.

En fait, il s’agissait d’hommes de main déguisés en loup avec pour ordres de faire peur aux populations. L’épicentre de la zone où ce type de « loups-garous » existaient est situé entre Vienne et la Tour du Pin.

Dans le cas de collusion avec le clergé, l’objectif des hommes déguisés en loup était de ramener les populations vers la religion. Différents textes parlent de loups-garous allant derrière les autels des églises ou habitant à la cure.

Dans le cas de collusion avec les seigneurs, l’objectif était de faire la police des puissants. Rôdant dans les bois, ils effrayaient les petites gens et les éloignaient de leurs terres. A Primarette, la croyance des loups-garous était tellement ancrée dans l’esprit des gens que la population était persuadée que c’était le curé et le seigneur qui protégeaient les dangereux monstres. A Septème, un témoignage accuse le seigneur des lieux, le comte d’Albon lui-même de commander aux loups-garous. Ces derniers entraient dans les maisons pour contrôler ce que les gens mangeaient ou pour écouter ce qu’ils disaient. Dans la région, ces hommes étaient appelés les liberous ou luberous.

D’autres récits, un peu plus tendancieux, voudraient que les loups-garous enlevaient les enfants et les jeunes filles pour récupérer leur graisse qui entrerait dans la fabrication d’onguents et dans celle du verre.

Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur ces derniers points qui semblent être plus de la croyance que de la réalité.

Ce qui est intéressant de voir, c’est l’influence des loups sur la vie quotidienne des habitants du bas Dauphiné et en particulier sur l’architecture, où les bâtisseurs mettaient de toutes petites fenêtres aux maisons pour empêcher les loups-garous d’entrer et d’enlever les enfants.

Il y eut aussi des interventions des autorités qui ont déployer des préparations psychologiques pour détruire la croyance en des loups garous ou beroux ou des loups cerviers plus ou moins sataniques. «« Il faut leur prouver que ce ne sont que des bêtes qu’un coup de fusil tue » (Instruction de M. de la Corderie le 28 août 1754 avant les battues de septembre).

 

Pour conclure avec le phénomène des loups-garous, il faut ici citer deux témoignages de Françoise Tardy, 86 ans, donnés à Charles Joisten en juin 1959 à Diémoz.

« Une femme de Diémoz, qui était bonne au hameau de Ponas, et qui venait de faire des courses à Diémoz pour son patron, avait été accostée par un petit poulain ; il la suivait de côté, mais sitôt qu’elle venait pour le caresser, il se reculait, il ne voulait pas se laisser toucher. Il l’avait suivie jusqu’à la maison. C’était le loup-garou. » Datation du récit inconnue.

« Au 19ème siècle, les femmes de la région de procuraient un petit revenu supplémentaire en prenant des enfants en nourrice. Elles s’adressaient à un bureau spécialisé à Lyon qui leur confiait les nourrissons pour une durée déterminée pouvant varier de quelques mois à plusieurs années. La grand-mère de madame Tardy s’était rendue à Lyon, à pied, pour aller y chercher un nourrisson. Sur le chemin du retour, elle portait, comme elle en avait l’habitude, le berceau sur la tête. En traversant les terres, avant d’arriver aux Sétives sur la commune de Diémoz, le village où elle habitait, elle s’aperçut qu’un petit agneau la suivait. Elle lui cria de s’en aller en essayant de le chasser, mais en vain ; l’animal ne voulait pas la quitter. Ce n’est que lorsqu’elle arriva chez elle qu’il repartit. C’était bien le loup-garou, par le fait, déclara madame Tardy ».
Loup Garou dessiné par le curé de Primarette sur les registres paroissiaux

La grande peste

Le Viennois a été le siège de la peste durant plus de 200 ans, du milieu du 14ème siècle (1348) au milieu du 17ème (1659), ce qui fut l’une des plus longue période dans l’histoire de France. A l’état endémique, elle apparaissait dans un village ou un canton en frappant très durement la population.

Les conditions géologiques et climatiques, accompagnées des grandes famines, transformaient les maisons en cimetières. Les pertes humaines étaient effarantes et il fallut attendre la fin du 18ème siècle pour retrouver le niveau de la population de 1339.

En 1348, une terrible épidémie de peste ravagea Vienne et toutes les communes environnantes. Depuis deux saisons, les récoltes étaient très mauvaises et le setier de froment atteignit le prix excessif de 4 livres. Le peuple avait été contraint de brouter l’herbe des prés et de manger toutes sortes de racines.

Entre le 1er décembre 1479 et le 10 février 1480, le grand froid amena à nouveau la famine dans le Viennois. La peste suivit et la misère fut extrême. Il n’y eut presque pas de lieux qui furent exempts de l’horrible fléau, pas plus Diémoz que ses environs. Chaque maison ressemblait à un cimetière.

La peste reprit dans le Viennois durant l’été 1530. Elle dura jusqu’au commencement de 1533 et causa d’horribles ravages. Comme la famine qui durait depuis plusieurs années avait terriblement affaibli la population, il en mourut une multitude.

Le 19 avril 1566, la peste sévissait de nouveau dans les communautés de Moidieu, Savas, et Beauvoir de Marc. Par peur, les consuls de Vienne décident de faire garder la porte Saint Martin afin d’empêcher les habitants de ces paroisses de pénétrer dans la ville sous peine de perdre la vie.

Le 4 septembre 1584, un habitant de la paroisse Saint Martin de Vienne mourut de la peste. Les consuls de la ville défendirent de l’enterrer dans le cimetière joignant l’église et firent murer dans leur maison sa veuve et ses enfants auxquels on portait des vivres au bout de longues fourches.

En mai 1631, les consuls de Saint Laurent de Mure décident d’ajourner la foire du dit lieu à cause de la peste qui faisait des dégâts à Mure, Chandieu, Grenay, Heyrieux et Diémoz.

En août 1631, en raison de l’épidémie de peste qui ravage la ville de Vienne, il est ordonné aux « corbeaux » d’enterrer les pestiférés plus profond en terre, pour éviter l’infection.

Les corbeaux étaient des gens du peuple qui avaient la vocation de débarrasser la ville des morts de la peste. Leur surnom vient de deux origines différentes. La première est que le corbeau est un oiseau nettoyeur de charognes. La seconde vient du fait que les hommes, pour ne pas contracter la peste, utilisaient des perches en bois pour prendre et pousser les corps. Dans les châteaux forts, on appelait corbeau de rempart, de longues perches placées sur les remparts servant à rejeter ou capturer les assaillants.

En 1659, en raison de la peste qui continue de sévir à Vienne , il est créé un emploi de chasse coquins qui aura pour mission d’arrêter tous les pauvres qu’il trouvera mendiant dans la ville et de les emmener à l’hôpital où ils seront enfermés et nourris au pain et à l’eau, les pauvres en état de travailler seront conduits dans leur village d’origine et ne devront plus en sortir.

En 1773, il y eu une grave épidémie à Diémoz. Il y avait à cette époque dans la paroisse, 350 communiants. Entre le mois de mars 1773 et le mois de juillet 1773, il est mort 140 personnes d’une maladie épidémique. Les pauvres gens ne restaient que 4 jours malades. Il est mort peu d’enfant.

La lèpre

La lèpre apparue en France en 1472, avec les sarrasins et fit de grands ravages à l’époque des croisades, sema la terreur dans le Viennois, notamment entre 1465 et 1472.

Des maladreries (hôpitaux pour lépreux) étaient situées dans la plupart des paroisses ( Moidieu Maladière en bordure de l’Amballon et de la voie antique menant de Vienne à Saint Jean de Bournay, à Villefontaine au lieu dit Maladière). 

De la révélation de sa maladie, le lépreux était retranché du monde, on le conduisait à l’église  pour y entendre la messe et les encouragements du prêtre. On lui donnait une tunique préalablement bénie et on l’en faisait revêtir en l’avertissant de ne jamais en porter de différente pour que chacun puisse le reconnaître comme infect et lui faire l’aumône. On bénissait de même ses gants et on lui recommandait de ne point les quitter, afin que personne ne soit exposé à la contagion par le contact des objets qu’il toucherait. Même cérémonie pour les castagnettes appelées « langues de bois » qui lui serviraient pour s’annoncer. Il ne pouvait parler sans être interrogé, il devait céder le pas aux personnes qu’il croisait sur son chemin, les portes de l’église lui étaient fermées jusqu’à sa mort. Il ne devait pas s’éloigner de sa maladrerie.

On le faisait sortir de l’église à reculons, le prêtre, avec la croix, l’accompagnait à la maladrerie en l’exhortant à la résignation. Une fois dans la cabane, le prêtre bénissait le lit, le feu et l’eau, et s’en allait laissant le lépreux isolé du monde des vivants.

Le froid

Le Nord Isère ou bas Dauphiné est aussi pour partie surnommée « les terres froides ». Les anales décrivent des hivers excessivement froids ajoutant à la maladie et à la misère des pauvres gens.

En 1407, il y eut un froid extraordinaire et une grande quantité de neige. Beaucoup d’enfants et de pauvres gens du Viennois et la vallée de la Véga moururent par l’effet de la rigueur de la température. Les étangs et les viviers gelèrent et les poissons périrent. La glace était si forte que des charrettes chargées passaient sur le Rhône.

En 1549, d’importantes gelées tombèrent sur le Viennois au mois de mai ce qui détruisit en grande partie le vignoble.

1709 fut une année terrible. Le 6 janvier 1709, le grand froid s’étendit sur Diémoz et ses environs, en fait sur tout le Viennois. Il fut si brutal que de nombreuses personnes qui se trouvaient sur les chemins furent saisies et trouvées raides mortes.

Le 10 janvier, la neige tomba en grande abondance et dura jusqu’au 25 février, mais le froid s’accentua encore et les emblavures furent entièrement détruites, si bien qu’au temps de la moisson, on ne fit que glaner. Ceci fut cause que le blé augmenta d’une manière vertigineuse et atteignit 10 livres le quintal en cours d’année, le seigle qui se payait l’année précédente 18 sols monta à 7 livres (140 sols).

Le 20 janvier, Etienne Pagnoud, laboureur de 47 ans, meurt à Toussieu. Il fut inhumé le lendemain dans l’église, n’ayant pu être enterré dans le cimetière à causer du grand froid qui avait tant gelé la terre qu’on ne put creuser la fosse.

On ne put dénombrer les pauvres qui moururent de faim et de froid le long des chemins où ils cherchaient quelques nourritures en herbe ou écorce, les parents qui se trouvaient chargés de petits enfants les conduisirent à l’hôpital de Vienne où ils moururent presque tous. On vola de tous côtés, toutes sortes de bestiaux que l’on mangea. Le gibier périt dans les champs. Les vignes furent totalement gelées et ce qui avait repoussé fut anéanti par une tardive gelée le 17 mai, en sorte que l’on ne fit aucune vendange.

Les arbres aussi furent détruits et l’on vit des gros chênes fendus par le froid. Les cerisiers, noyers, pommiers et pruniers périrent..

En 1753, le 25 janvier, le thermomètre descendit à –14,5° et à –16° le 30 janvier dans Nord Isère.

L’année suivante, le samedi 3 août 1754, à 5 heures de relevé, il fit une tempête si terrible qu’il y avait de nombreuses années qu’on n’en avait pas vue une si terrible que celle-là. L’ouragan était si furieux qu’il a jeté plus de mille pieds d’arbres par terre, tant à Crémieu qu’aux villages voisins, accompagné de tonnerre épouvantable avec un peu de grêle. Il en fut de même dans tout le bas Dauphiné.

Du 5 janvier 1755, jusqu’au 11 dudit mois, il fit un froid si vif et si rigoureux que le monde n’osait sortir dans les rues. Il y avait de nombreuses années qu’il n’avait pas été si rude, de sorte que le fleuve du Rhône a gelé et plusieurs autres rivières. La glace du Rhône était si forte qu’au port de Quirieu (en amont de Lyon) il passa plus de deux cent personnes durant l’espace de neuf jours consécutifs. On y fit même passer pendant ce temps là des tonneaux de vin sur des traîneaux. Le Rhône gela sur presque toute son étendue, même jusqu’en Avignon. Le froid sévère a reprit du 25 janvier au 6 février suivant, avec une force telle que plus de deux cent pieds d’arbre ont éclaté et pété aux environs de Crémieu.

L’année 1759 n’a guère produit d’événements consolants dans le diocèse de Vienne. La perte presque générale des récoltes de 1758 n’a pas encore cessé de se faire sentir. On a vu les pauvres vivre d’herbes sauvages, de glands, d’avoine et autres aliments encore moindres. Les moins malheureux ont été ceux qui avaient du travail sans autre salaire que du mauvais pain. Pour comble de malheur, la mort a enlevé de très nombreux pères de familles qui ont laissé leurs enfants dans la misère. (BM. Grenoble, X. 390)

Le rude hiver de 1766 a été si froid que nos plus anciens vieillards n’en avaient jamais vu et entendu parler d’un si grand. Il dura du 6 décembre 1765 jusqu’au 12 février 1766 sans discontinuer. Durant l’hiver de 1709, le froid avait été de 4 degrés plus froid mais la froidure ne dura pas si longtemps. Le grand froid a fait beaucoup péter les arbres, on les entendait péter distinctement. Les loups aussi, sortaient des bois vers les villages.

L’hiver de 1767 a été bien rude, le grand froid a commencé le 10 janvier quoique avec beaucoup de neige et a duré jusqu’au 28 dudit mois. On a passé le Rhône sur la glace à bien des endroits. Vis à vis de la Grange rouge, les marchands de fromages y ont passé avec leurs chariots chargés (9 pieds de glace ~ environ 2,70 mètre). Les habitants du Bas Dauphiné n’avaient pas vu depuis plus de deux siècles deux hivers si rudes que ceux de 1766 et 1767.

Il en fut de même durant l’hiver 1776 avec une pointe les 30, 31 janvier et 1er février. Les pauvres gens ne pouvaient pas aller chercher du bois tant il y avait de neige. On a trouvé quantité de gibier mort dans les champs.



A suivre : Diémoz et la vie économique.

Publié dans Histoire Locale

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