Diémoz : la maison du repos sous les pins

Publié le par Sophie BOUDAREL

Après avoir visité l'église de Diémoz, nous clôturons cette découverte de ce village du nord Isère par la présentation de la maison du repos sous les pins.


Les ruines du château de Diémoz

La maison forte qu’avait habitée la famille chevaleresque de Diémoz : les d’Oncieu, les Saint Chamond et les Musy, passe, au début du 19ème siècle aux mains de Jacques Maximilien Reverchon, un peintre de l’école lyonnaise un peu exalté, qui acheta les ruines et les terres. Né le 17 novembre 1810 à Marcigny en Saône et Loire, il s’était fixé en 1833 à Diémoz. Il fit raser de fond en comble, y employant même la mine, tout ce qui restait debout de l’ancien donjon. Il édifia sur cet emplacement une bâtisse sans caractère au goût de l’époque. Elle devait être sans doute dans son esprit, destinée à un essai de phalanstère (communauté agricole), car le nouvel acquéreur était un fervent adepte des doctrines Saint Simoniennes. Il reste du château primitif une cave voûtée et une port dans la première terrasse la faisant communiquer avec la deuxième.
Conseiller municipal de Diémoz de 1840 à 1843, nommé maire le 22 juillet 1840, il abandonna ses fonctions à son adjoint pour se consacrer complètement à ses activités. Mais des entreprises agricoles amenèrent un prompt dérangement dans ses affaires. Après un essai malheureux de colonisation en Algérie Française, Jacques Reverchon alla terminer en Amérique sa carrière philanthropique.

C’est à sa déconfiture que le Comte Victor de Piellat acheta en 1850 le château de Diémoz qui ne rappelait que par son emplacement le château du Moyen âge, le parc était alors très réduit. Monsieur de Piellat l’agrandit successivement par de nombreuses acquisitions. Son premier soin  fut d’apporter de profondes et utiles modifications à la construction et d’agrandir le parc. Il fit planter des arbres dont certains sont toujours là, défiant le temps et les générations qui passent, tels les cèdres du Liban et le cèdre bleu. Ces arbres sont remarquables parce que rares sont dans la région les séquoias originaires des USA par leur port élevé et la dimension de leur tronc.
Au début du 20ème siècle, son fils, le Comte Amédée de Piellat fait reconstruire un château à partir des éléments de la bâtisse qu’il donna à l’ordre des sœurs de Saint Joseph de l’apparition. Il fut le bienfaiteur et le fondateur de l’œuvre actuelle qui est devenue une maison de repos « le repos sous les pins ».
Le mercredi 24 juin 1914, à la demande du Comte de Piellat, deux religieuses de Saint Joseph de l’Apparition arrivèrent à Diémoz. Il s’agissait de Mère Chantal Salerne et Sœur Anna Hamelin, qu’accompagnait ce jour là Mère Marie Xavier Sorgniard, maîtresse des novices. Elles s’installèrent dans l’annexe, dépendance du château,  afin que là, dans le village, elles puissent donner des soins et recevoir ceux qui auraient besoin d’elles. Elles vécurent là jusqu’en 1919, dans une grande pauvreté et particulièrement pendant les années de guerre. Accueillies avec joie par la population, elles purent cependant monter petit à petit, une petite pharmacie leur permettant de donner quelques soins.
En 1915, trois autres sœurs vinrent les rejoindre. Les malades venaient à elles, et elles allaient chez les malades, y restant parfois plusieurs semaines. Ce furent les vraies fondatrices de la Maison de Diémoz ; puis la communauté s’agrandit peu à peu. A Noël 1919, le Comte réserva une grande joie aux sœurs. Il leur demanda de venir s’installer au château, avec les jeunes filles qu’elles avaient accueillies. Elles furent d’autant plus heureuses que le Comte avait un oratoire avec le Saint Sacrement et que l’église paroissiale était frappée lors d’interdit.
Depuis longtemps, le Comte rêvait d’une œuvre de bienfaisance dans sa propriété de Diémoz. Il fit appel à un sociologue lyonnais qu’il plaça à la tête d’un comité composé surtout d’infirmières de la Croix Rouge. Ce comité vint organiser la Maison de Repos. Le Comte demanda aux Sœurs de collaborer avec ce comité qui donna à l’œuvre naissante le nom de « ŒUVRE DU REPOS DE LA JEUNE FILLE AU GRAND AIR A DIEMOZ ».
En 1921, le comité abandonna l’œuvre et c’est à cette époque que le Comte fit don de sa propriété aux religieuses de Saint Joseph de l’Apparition à condition d’y poursuivre l’œuvre commencée. C’est ce qui se passa et la maison, pleine d’une jeunesse ouvrière prit le nom de « LE REPOS SOUS LES PINS ».
En 1937, un accord passé avec les caisses de Sécurité Sociale permettait de recevoir des jeunes filles pour un prix très réduit. Mais ce ne fut qu’en 1950 que la Maison de Repos put avoir l’agrément de la préfecture et du ministère de la santé pour cinquante lits.
En 1982, la direction de la maison a été confiée à du personnel laïc .
En 1984, la limite d’âge pour les convalescentes fut supprimée pour permettre à toute personne valide et autonome, vivant seule de venir se refaire une santé en sortant de l’hôpital ou ayant une légère dépression.
En 2005, la maison de repos est définitivement fermée.



Le comte Amédée de Piellat

Amédée de Piellat naquit à Vienne le 25 janvier 1852. Son père, Victor de Piellat, était directeur d’une fonderie « usine métallurgique » traitant différents minerais. Amédée était le quatrième enfant de la famille et le seul garçon précédé de trois sœurs. Aussi, sa naissance fut-elle l’occasion de grandes réjouissances, même parmi le personnel de l’usine où son père était très apprécié. D’après sa mère, la Comtesse de Piellat, les ouvriers de l’usine vinrent le voir dans son berceau exposé sur la table de la salle à manger et trinquèrent à la santé du « petit maître » ; il ne le fut jamais à la fonderie.
Le Seigneur lui réservait un autre champ d’activités. Sa famille, profondément chrétienne lui donna une éducation dans ce sens. Il faut avoir lu les lettres que la Comtesse de Piellat, sa mère, lui écrivait lorsqu’il était loin d’elle pour comprendre le milieu chrétien de ses racines.
Il vint pour la première fois à Diémoz en 1860 avec ses parents qui venaient d’acquérir la propriété. Il avait alors 8 ans. Certes, il ne prévoyait pas ce jour-là la belle œuvre qui sortirait de ses largesses et de son cœur.
Son père, Victor de Piellat mourut en 1866 à l’âge de 56 ans laissant la direction de l’usine à l’un de ses gendres. Ce fut certainement près de ce père tant aimé et regretté qu’il puisa cet amour vrai du prochain surtout des pauvres et des petites gens. C’est alors que la Comtesse de Piellat vint habiter Diémoz. Amédée venait l’y rejoindre à chaque vacance car il continuait ses études. Elle y accueillait également ses enfants et petits enfants. En hiver elle restait de préférence à Lyon où elle avait loué un appartement au 1 rue de l’Archevêché.
C’est en 1874, ayant terminé ses études que le Comte de Piellat fit son premier pèlerinage en Terre Sainte après avoir été reçu dans le tiers ordre de Saint François d’Assise. Jour après jouir, il a noté les différentes étapes de ce voyage. Parti de Marseille Le 20 février, il arrivait à Jérusalem le 14 mars après de nombreuses escales.
L’année suivante il revint avec sa mère. C ‘est à l’occasion de ce pèlerinage et, bien d’accord avec elle, qu’il décida de consacrer ses revenus aux œuvres catholiques déjà établies en Terre Sainte et qui avaient bien besoin d’aide. Il est vraisemblable de penser que, dès cette époque, le Comte de Piellat avait décidé de son célibat.
C’est en Terre Sainte que, dès le début de ses voyages, le Comte de Piellat fit la connaissance des Sœurs de Saint Joseph de l’Apparition. Il le mentionne dans son journal où il écrit avoir rencontré Mère Emilie Julien, Mère Célina Le Bouffe, Sœur Camomille. Il note avoir pris ses repas avec l’une ou l’autre de ses sœurs.
Mais, c’est sans conteste, l’Hôpital St Louis qui accapara son temps et son argent. En 1878, il fit l’acquisition d’un terrain, fit tracer les plans et surveilla lui-même l’exécution de l’ouvrage, vivant dans une masure à proximité. En décembre 1881, l’Hôpital accueillait les premiers malades desquels il faisait partie ayant été atteint de ta malaria. Artiste en même temps que bâtisseur, il décora lui-même la chapelle de l’hôpital, le salon et la galerie.
Ce ne fut pas seulement Jérusalem qui bénéficia de ses attentions mais Jaffa, Nazareth, Bethléem et d’autres encore. Les Sœurs de St Joseph, les Carmélites, les Clarisses, les Bénédictines Notre Dame de France furent généreusement aidées dans leurs activités ou leur fondation.
De 1882 à 1914, le Comte s’occupa de pèlerinages internationaux avec les Pères Assomptionnistes. Souvent, il en assumait ta préparation et la réalisation, guidant Les pèlerins dans les différents Lieux Saints, payant de sa personne « entièrement donné à Dieu dans la personne du prochain ».

Le 31 décembre 1905, sa mère mourut à Diémoz à l’âge de 80 ans. En la perdant, il perdait beaucoup car elle l’avait toujours entouré d’affection et d’une grande tendresse tout en le conseillant et l’aidant à prendre des décision. Après sa mort, il séjourna beaucoup plus à Jérusalem qu’à Diémoz. Il devint Obla de St Benoît, logeant au séminaire des Bénédictins et participant à tous les offices du chœur. Comme certains le pressaient de devenir prêtre, il se récusait, disant qu’il n’était pas digne de cet honneur !
 En 1914, il dut quitter la Palestine après avoir accompagné son 47ème pèlerinage dans les Lieux Saints.
De 1914 à 1921, il resta en France à Diémoz surtout, et faisant des séjours dans sa famille. C’est lors de son retour en 1914 qu’il appela les Sœurs de Saint joseph à Diémoz. Il passa donc toute cette période de guerre à Diémoz y vivant comme les Sœurs dans une grande pauvreté ayant dépensé sa fortune en Terre Sainte et perdu le reste placé en Russie. Seule, la propriété de Diémoz lui restait, il la légua aux Sœurs pour une Œuvre de bienfaisance à laquelle, sous l’inspiration de sa mère, il pensait depuis longtemps.
En 1921, il repartit pour Jérusalem où il mourut le 24 avril 1925 jour de la fête du patronage de Saint Joseph pour lequel il avait une grande dévotion.

Extrait de « La Revue Mensuelle de Jérusalem en 1930 » : Durant 50 ans passés en Terre Sainte le Comte de Piellat a été connu de tous, parfaitement droit en affaires, actif, pieux, oublieux de lui-même, tout à tous au gré des circonstances ou des intérêts qu’il épousait : négociateur, architecte, bâtisseur, pèlerin, artiste, organisateur ou explorateur, béni de Dieu et des hommes ! Il mourut doucement, sans grande souffrance, sans secousse, en la fête du patronage de Saint Joseph, le Saint qu’il a tant aimé et bien imité et si fidèlement servi, en la personne des Religieuses de Saint Joseph de l’Apparition. Dans le même journal, on le désigne comme le dernier croisé qui aurait déposé « l’estoc pour la bure du moine ».



La maison de repos en image

La maison sous les pins en 1920

La maison sous les pins en 1962

La maison sous les pins en 1909

La maison sous les pins en 1909

La maison sous les pins (date inconnue)

La maison sous les pins (date inconnue)

La maison sous les pins (date inconnue)

La maison sous les pins (1910 / 1920)

La maison sous les pins (1910 / 1920)

La maison sous les pins (date inconnue)

La maison de repos vue de l’ouest (date inconnue)

Procession devant la maison de repos (Photo P. Moussier, 1960)



A suivre : bibliographie et sommaire...

Publié dans Histoire Locale

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M.Joseph RIGORI 06/06/2008 18:22

Rebonjour,Avec mes excuses, j'ai fait une erreur d'un an (document diffile à lire) dans mon mail précedent, les photos 5 et 6 datent de 1952- 1953.La chapelle a été construite en 1952.Je citerai Mère Jeanne d'Arc :"Le 14 décembre, Diemoz est en fête. C'est d'abord le dimanche de Gandete mais aussi, dans l'après midi, a lieu la bénédiction de la nouvelle cloche destinée au campanile de la chapelle agrandie !Ce soir les gens arrivent de partout, de diemoz et des alentours : la chapelle est encore trop petite pour nos amis et connaissances . . la cloche est là, toute habillée de satin blanc. Elle portera les noms de Marie-Joseph -Emilie-Amédée " . . .

Sophie 28/02/2007 15:28

Bonjour Eric,Merci de votre commentaire. Je vais faire les corrections.A bientôt,Sophie.

Eric GONIN 28/02/2007 15:16

Bonjour,
j'ai lu avec intérêt cet article intéressant.
Je voulais juste corriger la légende de 2 cartes postales: 1949 et 1950 ne sont pas des dates, mais des numéros de série de l'éditeur.
Ces cartes doivent dater des années 1910/1920.
Cordialement,
Eric GONIN