Généalogie et les Nouvelles technologies : un mariage pour le meilleur et pour le pire

Publié le par Sophie BOUDAREL

Il y a quelques temps, j’ai découvert qu’un ancêtre mort en 1892 dans le Doubs était en fait originaire de Côte d’Or. Grâce aux Archives en ligne, j’ai pu remonter 5 générations de la lignée agnatique en une journée.

 

Lorsque j’ai commencé la généalogie en 1994, je ne pouvais qu’écrire aux mairies et attendre fébrilement la réponse ou me déplacer aux Archives et consulter non sans une étreinte au cœur les divers registres et microfilms.

Internet est devenu un élément incontournable de la généalogie.  Geneanet créé en 1996 propose aujourd’hui 151 182 928 entrées. Le site Ancestry.com annonce plus de 4 milliards de données.

Il est un fait évident que le Web fait désormais parti des outils de tout généalogiste. Outre collecter des données, trouver des réponses à nos questions sur des forums, divers sites ou encore des bibliothèques en ligne dont la dernière en date, Europeana, nous pouvons également communiquer avec nos nouveaux cousins grâce aux Webcams.

Un article de l’Associated Press paru sur le site du Nouvel Obs, cite Lee DREW, un généalogiste américain qui a ainsi pu retrouver 1,7 million de parents dans le monde.

 

Toutefois, ce n’est pas la panacée.

Les « pilleurs » de généalogie se font de plus en plus nombreux, ceux-là ne désirant qu’une chose, afficher le plus grand nombre d’ancêtres possible. Une question d’ego ? Probablement. Ils ne prennent pas la peine de remercier le généalogiste à l’origine des recherches et encore moins de vérifier les données, propageant ainsi des erreurs.

L’aspect échange et gratuité a aussi fort à faire avec certaines dérives mercantiles.

Mais là ne sont pas les seules dérives.

 

Quant un généalogiste a épuisé toutes les possibilités pour remonter une branche, il ne lui reste plus qu’une option, la recherche ADN.

Ainsi, Herbert Huebscher, un ingénieur en électricité à la retraite, qui vit dans l'Etat de New York, n'a pas pu remonter au-delà d'ancêtres juifs ukrainiens qui vivaient dans un petit village près de la frontière roumaine aux environs de 1830. Pour aller plus loin, il s'est tourné vers l'ADN .
C'est de cette façon que les clients de Relative Genetics, une compagnie basée à Salt Lake City ont pu retrouver des origines écossaises, africaines ou autres. Herbert Huebscher a fait tester son propre profil génétique par une compagnie basée à Houston baptisée Family Tree DNA. Il a découvert qu'il correspondait à celle d'un autre individu enregistré dans la base de données de la compagnie, un Londonien d'origine sud-africaine du nom de Saul Isseroff. (source
Nouvel Obs)
 

Mais il y a aussi un côté obscur à cette recherche de connaissance. Un article du New-York Times paru le 2 avril relate les dérives de certaines personnes. Ainsi Derell TEAT, 63 ans, qui s’étant vu refuser l’autorisation de prélever un peu de salive sur un homme qu’elle croit être l’unique descendant mâle du frère de son arrière-arrière-arrière-grand-père, n’hésite pas à quitter sa Géorgie pour se retrouver en Floride sur le parking d’un Mac Do’ attendant que cet homme vienne, comme tous les matins, boire son café et ainsi récupérer sa tasse. Méfiant, l’homme ne s’est pas présenté ce matin là.

Et que penser de Paul GILBERT, 77 ans, qui est soulagé de découvrir qu’un homme qu’il pensait être son demi-frère ne l’était pas car cet homme ne lui était pas sympathique ?

Les exemples donnés dans cet article se suivent et sont aussi étonnants les uns que les autres. Ainsi, Melissa ROBARDS née SPRINGER qui a dépensé $1 000 pour effectuer des test ADN sur les SPRINGER du pays afin de savoir s’ils étaient de la famille. Ou encore Roberta ESTES qui, après 30 ans de recherches généalogiques sur les ESTES, contacte 70 familles du même nom pour des tests ADN et se demande maintenant si son père était bien un ESTES. Comment répondre à cette question alors que l’homme est mort depuis 43 ans ? L’exhumer ! Cela lui en coûterait $20 000. Elle considère la question.

 

Qui a dit que la généalogie était un passe-temps poussiéreux ? La quête de nos origines devient une passion nationale. Quelle famille n’a pas son généalogiste ou tout du moins son arbre généalogique ? Mais jusqu’où cela doit-il aller ? Est-il plus important de savoir que nos origines profondes sont caucasiennes, asiatiques ou africaines, ou de soulever un pan de l’histoire d’un de nos ancêtres en retraçant sa vie et en la plaçant dans son contexte socio-économique et culturel ?

La réponse est en chacun de nous. Mais il ne faut pas que cette quête d’identité devienne obsessionnelle. Rappelons-nous que « la liberté des uns s’arrête là ou commence celle des autres ».

 

En ligne :

Internet fait faire des bonds à la généalogie

Pisté par nos gênes (Interview de Marc BAUCHET, à l'origine du projet)

Publié dans Chroniques

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